3/12/2022 : Premiers-Derniers

Prédication du 17/06/2023 par le pasteur Marc LABARTHE

Matthieu 20, 1 à 16

cf – intro in LECTURES 

Etrange parabole – non ? Et nous l’aimons bien :

Nous l’apprécions comme une sorte d’image du “paradis retrouvé”, parce qu’elle semble remettre un peu de justice pour ceux qui n’ont pas eu de chance dans la vie, quelle qu’en soit la raison. Mais elle dérange, parce qu’elle traite ceux qui ont trimé toute la journée sans leur donner la moindre petite récompense – genre médaille d’honneur du travail – par rapport à ceux qui sont venus en dernier.

Cette ambivalence fait qu’on la met facilement de côté, d’abord en estimant que l’histoire concerne le jugement dernier, et ensuite en nous rassurant sur la liberté extraordinaire du maître de maison, qui sera capable, à notre mort et à la fin du monde, de donner à chacun des humains qu’il aura embauché, le denier de la vie éternelle.

Mais cette parabole est-elle seulement tournée vers le futur, vers ce jour où Dieu renouvellera toutes choses, et fera hériter la vie éternelle ?19.28-29

En l’encadrant avec les 2 proverbes sur les derniers-passant-premiers et les premiers derniers, Mt modifie et resitue la portée de ce que Jésus déclare. Car avant d’en faire une théorie sur le jugement dernier, Jésus rappelle que son histoire concerne directement et avant tout les disciples :
– L’histoire est une parabole du Royaume — et vous savez que Jésus ne cesse de dire que le Royaume est là, tout proche de chacun ; la parabole décrit ainsi une réalité possible dès maintenant dans notre monde, peut-être plus spécialement dans l’église, lorsque la parole de Jésus est assimilée et vécue. Une manière de vivre que l’église doit promouvoir, exprimer concrètement, dans l’inversion de certaines pratiques et la compréhension des relations. A savoir lesquelles ?!
• au sujet du travail : le mérite ; la pénibilité ; la durée ;
• au sujet des ouvriers: leur endurance ; leurs capacités ; leur engagement ;
• quant à l’entreprise : la vigne; symbole du peuple que Dieu s’est choisi, appelé;
• quant au maître : propriétaire riche ; va lui-même à la recherche des ouvriers, et embauche même pour 1h de travail.

Bien sûr nous ne sommes pas dans les mêmes conditions d’embauche et de travail qu’aujourd’hui. Cette méthode de travail et de rétribution aurait pu se développer dans l’église, mais ce programme initié par Jésus et les premiers apôtres, s’est englué rapidement dans le système des castes – hiérarchie de prêtres jusqu’au dernier laïc non-baptisé, et dans le paraître des biens mobiliers et immobiliers. On peut facilement montrer du doigt les Eglises romaines et orthodoxes, avec leurs fastes, leurs décors, la domination de quelques “mâles” privilégiés, mais de nombreuses églises protestantes ont un travers similaire.

Et dans la société civile, même les patrons qui disent travailler au nom du Christ  sont bien en mal d’appliquer ce procédé, parce qu’il n’est pas rentable, et qu’il réalise un changement radical de positionnement de tout le personnel, puisque les premiers seront derniers et les derniers premiers.

Cette inversion du regard, de la position, du résultat, Jésus laisse entendre qu’elle vient de la grande liberté du maître, qui n’est pas lié par nos critères de l’économie de marché ni par leurs valeurs pour assurer le salaire : il est libre de faire de ses biens ce qu’il veut v.15; et ce qu’il veut c’est donner à chacun autant qu’à l’autre v.14, au 1er autant qu’au Ze. 

Le maître qualifie ce geste-là de bonté ; une bonté envers tous, qui l’amène à donner autant aux premiers qu’aux derniers. Ce bouleversement des repères fondés sur les mérites et les acquis par le travail, aux yeux des humains, auxquels l’on peut sans autre parler de la force physique ou le bagout, la séduction et la manipulation, tout cela n’a aucun poids, eh bien, leur absence dans le Royaume va faire que des derniers seront premiers et vice-versa, aux yeux de ceux qui pensent ainsi, qui ne sont pas encore entrés dans l’état d’esprit du maître. 

Mais pour Jésus, c’est simplement sa bienveillance, son amour, le moteur de sa justice, afin que le Royaume soit vraiment accessible à n’importe qui. Alors, pour nous aujourd’hui, lorsque nous quittons le système des hiérarchies humaines, et accueillons la bonté de Jésus, nous voila tous aimés totalement et accueillis pleinement en sa présence – et c’est ce qui compte ! 

Lorsque nous comprenons et appliquons ces modalités, c’est une conversion que nous vivons, et cela peut être difficile à vivre de la part d’amis ou de la famille qui restent piégés par l’exigence de l’économie discriminante de ce monde. Et aussi bien l’Ev. selon Marc avec l’homme riche et les disciples qui sont appelés à tout quitter pour suivre Jésus, que Luc avec le salut offert à ceux qui n’emportent rien de ce monde pour passer la porte étroite, dans ces 2 autres histoires, les premiers qui ont des acquis de ce monde se retrouvent derniers, et ceux qui n’ont pas cure de ces orgueils humains se retrouvent premiers. 

Mais une fois que l’on entre dans le schéma de pensée du maître, dans sa manière d’agir et de partager son bien, peu importe qu’on soit premier ou dernier, puisque c’est la bonté du maître qui prime sur tout le reste. Le Royaume des cieux, c’est le maître lui-même, sa présence à nos côté et dans nos vies, ou notre entrée dans sa sphère d’influence, qui modifie tous nos repères habituels, pour tout refonder sur l’amour don de soi. Viens Seigneur, et que ta bonté règne !

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