260614-Gen12v1-5-bénédiction ouverte

prédication donnée à Loriol

Bénédiction ouverte

Genèse 12v 1à7

La parole donnée par Dieu à Abram survient dans sa maturité, à 75 ans; elle vient comme une demande de mise en route personnelle, d’aller voir ailleurs, afin que la bénédiction surgisse.

Ce qui étonne, dans l’ordre que Dieu donne à Abram, ce n’est pas le fait qu’il doive se déplacer – beaucoup était nomades à son époque ; mais qu’il doive rompre avec la famille de son père. Il doit renoncer à regarder en arrière, vers les ancêtres, la tradition, qui ont toujours représenté ce qu’il y a de sûr, d’éprouvé… ce sur quoi on s’appuie.

Ce départ avec cet abandon demandés à Abram, vont provoquer un déséquilibre et la nécessité de trouver pour lui-même une identité nouvelle. Dans ce qu’il est appelé à aller voir, il devra trouver une autre manière de construire son existence personnelle, mais aussi celle de son foyer, sans reprendre son passé, ni bénéficier du contrôle de sa famille. Ce voyage demande à Abram une capacité de libération et de lâcher-prise, pour marcher vers un avenir inconnu, garanti seulement par la voix qui lui parle.

Cet ordre qu’il reçoit de mettre une distance entre lui et ses parents, rejoint l’injonction d’origine, celle énoncée lorsque Adam rencontre Eve : l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme.

Quitter est un appel au besoin de rupture. Une invitation à prendre son autonomie, de façon constructive, afin de trouver sa nouvelle place dans la société. Dieu appelle Abram à un lâcher-prise, des mains de papa-maman, pour marcher seul et d’une autre façon; il a dû parcourir plusieurs milliers de km avant de trouver une stabilité, toute relative d’ailleurs, d’après les textes qui nous parlent de lui.

Abram est appelé à s’arracher géographiquement et relationnellement, pour aller vers la terre que Dieu lui fera voir. En jouant sur les mots, on peut dire que Dieu lui demande de passer de « l’avoir » — du contrôle, de la tradi — à « l’à-voir», la vision, la non-maîtrise, et le bien-dire. La terre qui était héritage de son père doit être laissée, pour qu’il aille vers la terre que Dieu lui fera voir. Il est appelé à s’arracher au connu, et aller ailleurs, vers d’autres cieux et de nouvelles relations, entraînant avec lui Saraï et Loth, et son personnel.

Cet envoi d’Abram peut faire réfléchir à ce que tout humain vit. Il quitte le ventre de sa mère, pour entrer dans un monde nouveau, avec des regards tendres posés sur lui, et qu’il apprend à connaître, et dont il prend distance un jour. Et ainsi de suite, jusqu’au terme où il donne son dernier souffle. L’humain peut, ou doit quitter ce qui lui est familier pour entrer dans un projet qui lui est encore inconnu, étranger, inhabituel. Ce thème du voyage, de la marche, du caractère provisoire de toute situation humaine sera repris et développé au long de l’histoire d’Israël et de l’Eglise.

Et c’est dans ce parcours que la bénédiction prend sa place, et du sens. Dieu choisit unilatéralement Abram : choix libre qui ne s’appuie ni sur la foi, ni sur l’obéissance, ni sur l’humilité, ni sur aucune vertu particulière du bénéficiaire (alors que Noé était qualifié de seul juste !). 
La confiance de Dieu précède la confiance en Dieu : Dieu confie une mission à Abram, il provoque en l’homme le besoin de réagir, de participer : Abram peut faire quelque chose qui montre qu’il a entendu l’appel.

Et c’est bien sa mise en route, son branle-bas de déménagement, qui va enclencher la réalisation des promesses, les diverses bénédictions prononcées par Dieu. Lui a-t-il fallu son 75e anniversaire pour oser se lancer ? C’est possible d’entendre à tout âge !

L’injonction d’aller voir ailleurs est associée à une promesse double. Celle d’avoir un nom reconnu et de susciter une nation, et celle de porter la bénédiction très largement autour de lui, jusqu’aux extrémités de la terre. Et cette bénédiction est répétée 4x, c’est dire son importance, sa place centrale dans la vie d’Abram.

Oui, il est destiné à être béni, et Dieu bénira qui le bénira, et les nations de la terre  acquerront la bénédiction en lui. Nul ne reste passif dans ce va et vient de bénédictions, et en même temps, nul ne fait tout, chacun est appelé à bénir et à recevoir la bénédiction, à sa mesure.

Cette bénédiction multiple est ici intensément relationnelle. Ces échanges les uns envers les autres sont une aventure a priori formidable, sur des chemins inattendus, où Dieu fait voir ce qu’il voit. Or l’histoire d’Abram nous montre que bénir n’est pas un chemin facile, ni pour lui ni pour son entourage. Il peut y avoir des tensions, des échecs, jusqu’à des attitudes qui s’opposent à la bénédiction, et Dieu n’entrera pas dans ce jeu-là, dit-il à Abram.

Car Abram n’est pas différent de nous – faible, manipulateur, craintif, doutant. Nous ne sommes pas différents de lui. Mais voilà vraiment ce qu’est l’attente de Dieu pour l’humain, son amour pour nous. Quelque chose que Dieu donne sans aucun mérite particulier. La grâce est de s’émerveiller et de s’élancer. La parole, l’appel vient à l’improviste, de l’extérieur vers vous. Et ça peut tout changer dans la vie. Parce que c’est sous une autre étoile qu’elle vous projette. L’étoile de la bénédiction, aller voir ce que les autres ne voient pas : elle invite à la relation respectueuse et non contrainte avec l’autre, qu’il soit de bonne humeur ou grincheux, qu’il soit un habitué ou un étranger de passage.

La bénédiction est largement dépendante de notre façon d’interagir avec l’autre. En accueillant le regard que Dieu propose depuis le début de l’univers (voici c’était bien!), et qu’il nous révèle encore avec les paroles et la vie de Jésus, nous résistons au mal, et trouvons des espaces pour que la vie puisse grandir avec une certaine liberté, ou qu’elle puisse reprendre dans la confiance réciproque. Soyons cette bénédiction les uns pour les autres !

 

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