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260531-2Cor13v11-13-l’unité et la diversité de Dieu
prédication donnée à Loriol
Dans la semaine qui suit la Pentecôte, nos Eglises encouragent une réflexion autour de la relation qui unit Dieu le Père, avec Jésus son Fils, et le St Esprit, et enfin notre place dans cette relation. Vous connaissez tous la célèbre icône du XVe peinte par Andreï Roublev, présentant la visite de Dieu à Abraham. Quand vous la regardez, Abraham n’est pas représenté sur cette icône. On ne voit que les trois anges. Roublev place ainsi toute personne regardant l’icône à la place d’Abraham. Ce que le spectateur voit, c’est ce qu’Abraham a vu. Notre place est donc à la table avec les 3 anges.
Je crois que nous ne pouvons pas nous mettre à parler de Dieu en lui-même, comme si nous étions en dehors de lui, sur une autre planète. Ainsi, ce que nous disons de Dieu provient de notre expérience humaine et spirituelle, de notre raisonnement à partir de ce que nous vivons, à partir de notre place à la table de la rencontre. C’est pourquoi nous resterons toujours avec des tensions, avec des nuances entre nous, lorsqu’on va parler de Dieu en tant que seul Dieu, et le présenter sous les 3 modes que nous avons dans notre foi, à savoir, Père-Fils-Esprit saint. Un seul Dieu et 3 personnes…qui viennent parler avec moi, avec nous.
Nous cherchons très souvent l’unité totale en Dieu et par Dieu, et pourtant nous refusons tous d’être des robots, faisant exactement la même chose chaque jour à la même minute. La notion d’unité n’est donc pas celle d’uniformité. Nous avons tous des visages différents, des couleurs d’habits différents, des manières de parler différents. Et cela rejoint la parabole récurrente de l’image du corps humain, — je n’ai qu’un seul corps, mais 2 mains, 2 jambes, qui ne sont pas pareils, mais complémentaires, afin que le corps puisse se déplacer et agir.
Il en est de même pour Dieu : son unité s’exprime au travers de sa générosité, de son amour et de son humilité, que l’on découvre face aux inévitables conflits générés par ce que Dieu a mis en place : Le récit des origines du monde en Gn, nous dévoile aussi bien l’unité que la diversité en tension constante : Dieu a permis à la lumière de se mêler aux ténèbres. Il a créé le ciel pour compléter l’eau. Il a créé le soleil et les étoiles – deux manières différentes ! – pour éclairer le monde. Dieu a permis à des créatures de toutes sortes de peupler les océans, le ciel et la terre.
À l’humanité, Dieu a dit : Soyez féconds et multipliez-vous. Et Dieu savait, Dieu ne pouvait ignorer, qu’être féconds et se multiplier perpétuerait et amplifierait son exemple de diversité. Dieu savait que nos enfants, même ceux nés des mêmes parents, seraient différents. Que les arbres, les plantes et les créatures changeraient et évolueraient au fil des millénraires, selon le contexte et le climat. Et que tout ce qui vit et respire pourrait aussi créer, explorer et découvrir. Nous n’adorons pas un Dieu d’uniformité. Nous adorons un Dieu d’unité, parce que toutes les créatures ont besoin les unes des autres, avec la nature, avec les saisons, avec le rythme des nuits et des jours.
Ainsi, parce que Dieu a créé le monde dans la diversité et non dans l’uniformité,
parce que Jésus a cheminé aux côtés de personnes de tous horizons et quelles que soient leurs blessures,
parce que l’Esprit est en chacun de nous – et qu’il est même allé jusqu’à communiquer en toutes langues à la Pentecôte –,
eh bien cela signifie que Dieu comprend la différence. Dieu comprend la relation. Dieu comprend la communauté. Dieu comprend la diversité.
Lorsque Paul écrit sa lettre à Corinthe, cette église est divisée en partis et en clans, avec des libéraux et des charismatiques, ceux qui prônent l’impossible communion avec les non-chrétiens et ceux qui relativisent toutes choses, ceux qui se réclament d’Apollos, de Paul ou de Jésus lui-même ! Et ça n’a pas vraiment changé depuis son époque, entre catholiques évangéliques protestants, nos intégristes et nos inclusivistes. Nous ne sommes pas une Eglise uniforme, loin de là.
Les relations et la diversité, voulues par Dieu, se développent aussi à partir des désaccords, des conflits, et cet aspect est à retenir. Car pour parvenir à l’harmonie et à des relations solides, nous avons besoin d’ouverture, d’écoute et d’amour. Comme les personnages sur l’icône des visiteurs, qui semblent échanger le respect mutuel et l’amour.
Qu’a donc prêché, vécu et enseigné Jésus ? La relation — aimez-vous comme je vous aime. À quoi le Saint-Esprit nous pousse-t-il ? À la relation — il nous fait parler la langue de l’autre, et que l’autre nous comprenne.
Et finalement, qu’elle est la volonté du Créateur, selon les récits bibliques ? Il nous conduit à la relation : il rend les humains responsables de toute créature et de la création, et les questions que posent Dieu à Adam, à Caïn, interrogent les relations qu’ils ont ou pas avec lui et avec les autres. Oui, Dieu aime le monde au point de s’y donner, s’y livrer en son Fils…
Nous trouvons, dans ces relations, le but de nos rencontres, de nos prières, de nos chants, de nos échanges : à savoir l’unité, non pas l’uniformité. Voilà ce que nous avons tenté de vivre ces 10 dernières années entre Livron et Loriol. Et que nous devons entretenir entre nous et avec les autres Eglises. Ce sera notre façon de trouver notre place à la table des visiteurs, celle d’Abraham, aux côtés d’Abraham.
L’unité qui permet de nous ouvrir les uns aux autres, de grandir et de nous transformer face à la différence, même si elle peut être source de malaise ou de conflit, c’est le fruit de l’Esprit et le témoignage que nous devons vivre au sein du monde et de ses conflits égoïstes.
L’unité telle que Dieu nous en parle à travers le Père créateur, son Fils compagnon de route, et l’Esprit de joie, unité dans laquelle nous sommes partie prenante, nous invite à contempler la globalité, l’unité elle-même, tout en nous émerveillant de la diversité des personnages, et de notre place avec eux.
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