- Accueil
- Articles
- 2026
- Prédications
- 260517-Lc & Mt-retour à la source
260517-Lc & Mt-retour à la source
prédication donnée à Loriol
Après cette nouvelle venue du Christ, Thomas et les apôtres sont comblés. Jésus vivant vient avec son shalom, sa paix, et il a soufflé son Esprit sur eux, en eux. Ils quittent la chambre haute, traversent un à un la ville et sortent de Jérusalem par des portes différentes pour éviter d’être repérés. Ils ont prévu de se rejoindre dès que possible. Leur marche est rapide, car ils ont hâte d’assister au merveilleux rendez-vous fixé en Galilée où, tous ensemble, ils recevront leur Seigneur.
En eux, un feu brûle, et la paix et la joie du Seigneur les accompagnent.
Pierre, sur cette route bien connue aux paysages qu’il admire tout à nouveau, s’arrête un instant, afin de contempler, dressés sur la pente opposée:
Les fuseaux élancés des cyprès vert foncé, froncés de noir, leur double sombre, cette ombre à l’aspect dérisoire. Enfin, les yeux perçoivent dans le même temps, le bleu pur et sans fond, filant à l’infini du ciel matinal de plus en plus clair.
Pierre est tout à sa joie et il reprend sa marche, parfois rapide, pour annoncer aux disciples, à ses frères, à ses sœurs, la nouvelle la plus étonnante de toute l’histoire des hommes :
– Le Seigneur est vraiment ressuscité!
Il allait siffler de joie et entonner le Hallel, car il se sent véritablement revenu au Seigneur et il se sait converti, par conséquent, libéré de lui-même, placé par l’Esprit de Dieu à la disposition de Dieu, des autres et de lui-même.
Et en même temps, voilà qu’une sèche pensée fait trébucher sa joie:
« Que va-t-il me dire, Notre Seigneur, qui nous attend en Galilée ?
Comment va-t-il m’accueillir ? Puisque, sans aucun doute, sa résurrection signifie l’établissement de sa royauté sur son peuple, avec comme conséquence la suprématie d’Israël sur les nations – comme l’ont dit les prophètes.
Cette réalité tant attendue est la suite normale de l’alliance du Très-Saint avec son peuple. Ainsi l’inscription placée au-dessus de Jésus en croix, inscription qui se voulait moquerie, ou tout au moins, indiquait le motif de la condamnation avec l’intention de contrarier le Sanhédrin, elle est, tout bien examiné: prophétie ! Car I-N-R-I, en fait, c’est « Jésus ressuscité est notre roi ! «
Et Pierre remue encore son cauchemar…
Et moi qui l’ai renié !
Hors du coup je vais être, selon la loi d’équilibre, celle de la compensation, celle qui a cours dans ce monde, et qui s’exprime ainsi : « Tu m’as renié, je te renie ! »
J’ai abandonné Jésus, il va donc faire de même à mon égard. C’est quasi sûr, me voici hors jeu, j’ai déclaré forfait avant le grand départ et je n’aurai pas droit à la distribution des récompenses.”
Pierre ralentit sa marche en se grattant la tête, hésitant de courir au rendez-vous, et reprend en lui-même ses réflexions amères. Qui dans ce monde, ose faire confiance à un traître ? même lorsqu’il se repent ? n’est-il pas condamné à la méfiance, au contrôle, au petit rôle ? Lui, Pierre, il a pleuré, oui, mais il s’en veut encore, même s’il est bien revenu à son maître. Or voilà que son Règne arrive….
Mais ses pensées désabusées se heurtent soudaint à la prière du Seigneur, lorsqu’il avait intercédé pour lui :
– afin que la foi ne disparaisse pas tout à fait en toi.
Cette intercession, Pierre la confronte alors à l’affirmation que Jésus leur avait si souvent répétée:
– Mon royaume n’appartient pas à ce monde …
Et encore : Je m’en vais rejoindre mon Père qui est aussi votre Père…
Il comprend qu’ici se joue la vérité.
Le voici parvenu à la bifurcation où le Christ, le Fils du Dieu vivant, lui donne de choisir. Il déroule peu à peu en lui cet étourdissant catéchisme, cet enseignement sans pareil que nulle école ne saurait prodiguer ; puis il passe de remords en repentance, des noires souffrances aux joies éblouissantes, d’une impatience angoissée à une paix tranquille qui coule dans son être, le rééquilibrant, le mettant en repos, au fur et à mesure qu’il se laisse convaincre par tout ce que son mentor, son Messie, Jésus, leur avait patiemment enseigné.
Rude marche physique pour ce retour en Galilée, obligeant à ce retour sur soi-même ; et méditations beaucoup plus rudes encore par le moyen desquelles sa confiance est confortée, et toute expérience est pesée, fermentée, et même distillée au feu de l’Esprit Saint, qui lui brûle le coeur, les pensées, les souvenirs. Tout au long de ce chemin, le Dieu vivant et toujours présent, le répare de l’intérieur, le redresse, et l’établit, sans qu’il le sache encore, comme apôtre et colonne de son Eglise.
Il suit ainsi d’un pas hésitant et précautionneux la route de ses pensées et de ses expériences en zigzaguant, malgré lui sûrement, étant sur un chemin qu’il ignore, mais que quelque chose en lui, plus justement quelqu’Un, arpente à son côté.
Patiemment, au long de la route, dans la passion de ses pensées, Pierre remet l’Evangile en place, cette Bonne nouvelle annoncée et vécue par le Messie Jésus. Ses doutes s’évaporent progressivement à la chaleur de ses certitudes qui, peu à peu se mettent en place, fondées sur de multiples paroles qui prennent sens de manière nouvelle, à la lumière de la résurrection. Il sait qu’il va Le rencontrer, et il sait qu’il ne sera pas rejeté. En cela, son chemin de retour à la source lui fait du bien. Il sait que le Règne du Messie est celui d’un nouveau monde !
Enfin voici la halte où il est attendu, bon dernier, mais sourire aux lèvres jaillissant du coeur.