260208-1Cor2.6a10-puissance de Dieu

prédication donnée à Loriol

Matthieu 5v17-30       1Corinthiens 2v 6 à 10

L’apôtre Paul est venu à Corinthe en état de faiblesse chronique, sans capacité de marquer la ville par sa prédication percutante : il n’était pas un orateur style Billy Graham ; il n’avait plus le pouvoir de l’autorité religieuse pharisienne dont il était issu ; il a des compétences universitaire (!), mais ne les a pas utilisées pour séduire et convaincre ses interlocuteurs. Il a très vite été contesté, conspué, méprisé à cause de son refus d’abuser des ressources oratoires. Le coeur de son message a toujours été de regarder vers Jésus, le Christ, le crucifié, que Dieu a relevé. Il a trouvé dans ce Jésus crucifié, le Dieu qui s’approche des plus faibles ; Dieu a toujours cherché à rejoindre et relever les abandonnés, la veuve et l’orphelin. Pour l’apôtre, c’est au coeur du mystère de Dieu.

Paul n’a pas entendu Jésus parler sur la montagne et dire : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! C’est vous le sel de la terre, c’est vous la lumière du monde !  De Jésus de Nazareth, Paul ne sait que ce que les disciples et les autres témoins lui ont rapporté. Mais il a rencontré sur le chemin de Damas le Jésus-Christ ressuscité. Et à partir de là, porté par l’Esprit, le Crucifié a toujours été le point de départ de son témoignage. Il en parle avec passion, avec difficulté aussi, car il n’est pas toujours facile de rendre compte du changement complet, profond, que cette rencontre a produite en lui. Il a jeté le fusil et saisi l’amour, il a pris la croix comme support, affirmant que Dieu valide le message et la vie d’un crucifié, Dieu reconnaît en cet homme banni, son fils bien-aimé, Dieu le réveille de la mort, il le relève de la tombe. 

Pour l’apôtre, la puissance de Dieu se manifeste dans le Crucifié-Jésus : elle rejoint les pauvres en esprit, à qui revient le Royaume de Dieu. Or qui peut accepter cette notion d’un Dieu puissant dans son affliction ? Ce n’est pas la sagesse de ce monde, ni celle des puissances qui règnent sur ce monde. Pourtant, elle est au coeur du message de Paul et des disciples ; nous annonçons, dit-il, la sagesse de Dieu, qu’il y a dans le mystère de Dieu, cachée depuis longtemps. Jésus est venu révéler cette sagesse étonnante de Dieu, qui s’achève dans la croix et la résurrection. Dieu est venu chercher ce qui est perdu, ce qui ne vaut rien aux yeux des humains, allant jusque dans les pires endroits que les puissances du monde sont capables d’inventer, à l’image de la croix.

Cette découverte d’un Dieu bien différent de celui qui utilise violence et mensonge, ne se fait pas seulement avec nos sens naturels comme l’intelligence, l’émotion ou le coeur. L’Esprit de Dieu agit et révèle aux cœurs des hommes le mystère de Dieu. Et Dieu envoie ces femmes et ces hommes annoncer cette bonne nouvelle : c’est vous le sel ! Paul rappelle aux Corinthiens qu’il est venu leur annoncer le Christ sans manipuler les textes ni effet de manche. Il est plutôt réservé et craintif. Il estime ainsi rester dans l’esprit du Crucifié, laissant à chaque auditeur le temps nécessaire pour se positionner, pour répondre à l’appel ou attendre encore. Ainsi, au lieu de valoriser avec fascination, les belles actions et les prédications bien construites du pasteur X, Paul insiste que chacun se mette à vraiment chercher la rencontre avec Jésus Christ, le crucifié. C’est l’une des raisons de sa lettre d’ailleurs. Il est convaincu qu’en se révélant à nous dans la fragilité, Dieu nous libère du scandale de nos faiblesses : Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.  

Cet Evangile transmis par l’apôtre ne permet à personne de se reposer trop longtemps sur le pasteur pour assurer la vie de l’Eglise; mais demande à chacun de se donner au Christ pour devenir porteur de lumière, avec d’autres, afin qu’ensemble, l’amour du Christ devienne l’expression centrale de la communauté : Dieu l’a préparé pour ceux qui l’aiment. L’enjeu n’est plus de suivre les réussites d’un pasteur à succès, mais l’accueil du pauvre en esprit, de celui qui pleure, afin que la joie de l’Esprit de Jésus les remplisse, et leur donne envie de partager l’accueil que Dieu leur a fait dans son amour. 

D’ailleurs, Jésus lui-même ne dit pas autre chose ! En écoutant bien ses paroles dans le passage du jour, nous pouvons être étonnés, ou encouragés. Ne dit-il pas qu’il n’est pas venu enlever les règles de vie données par Dieu grâce à Moïse et les prophètes, mais les expliquer dans leur sens qui ouvre à la vie et non dans une attitude qui enferme. Et la dernière phrase lue ce matin dit clairement : si vous n’êtes pas plus fidèles à la volonté de Dieu que les théologiens et les pharisiens (pasteurs), vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.  

Ne vient-il pas de dire que les pauvres en esprit sont heureux d’hériter le royaume des cieux ?  En effet ! Pas besoin d’être intelligent pour entrer dans le Royaume, mais oser suivre le chemin ouvert par Jésus quand il explique la volonté de Dieu. Et cette volonté de Dieu, c’est de nous rencontrer dans nos endroits les plus sombres, pour y mettre sa lumière – non pas une lumière incandescente et destructrice, mais celle qui apaise et guérit. Lorsque nous en faisons l’expérience, à notre échelle, comment ne pas en parler ensuite, annoncer Jésus-Christ qui est venu dans notre misère, dans notre faiblesse, y mettre son Royaume ? 

C’est là où l’apôtre veut nous conduire : que nous regardions à Jésus-Christ et non pas aux promesses trompeuses des puissants du monde. Que nous laissions l’Esprit de Jésus-Christ crucifié vivant, nous remplir de sel et de lumière, à partager avec celles et ceux qui ont une faiblesse cachée, une partie d’eux-mêmes dans le manque. Notre mission n’est pas de les contraindre à entrer dans l’église, mais de leur faire part de l’amour de Dieu; le Dieu dont la puissance ne vient que par le Crucifié. Le Dieu qui les appelle à placer leur confiance en Jésus. Et pour apprendre et grandir dans cette relation avec Jésus, d’autres chrétiens sont là, vous êtes là, pour marcher avec eux, pour chanter l’amour de Dieu.

Puisque l’Esprit de Dieu nous a fait du bien en mettant dans notre coeur l’amour de Dieu que Jésus a montré sur la croix, nous sommes maintenant capables de dire, avec nos mots, sans fioritures ni crainte, que Dieu nous aime comme on est, et que lui faire confiance a changé notre vie, et même nous fait venir au culte ! Que l’Esprit de Dieu renouvelle notre joie, illumine notre regard, donne du sel à nos paroles !  

 

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