251221-Mat.01v18-Joseph le juste

prédication donnée à Loriol

Esaïe 7,1-7   Romains 1,1-7    Matthieu 1,18-25

Qui a monté une étable avec une crèche chez lui, pour Noël ?

Combien de personnages avez-vous placés ?

Quels sont les personnages importants, selon vous ?

Les avez-vous vraiment mis en évidence ?

Comment avez-vous choisi Joseph, son âge, sa posture, son emplacement ?

Ce matin, l’Ev. selon Mt nous parle des circonstances qui entourent la naissance de Jésus. Mais il le fait bien différemment de la légende racontée par un autre écrivain biblique. Et bien que nous soyons protestants, nous sommes tout autant prisonniers de la tradition que nos amis catholiques, au sujet de Noël ; nous restons dans la vision dominante imposée par l’excellent conteur qui narre les péripéties de Mariam jusqu’à la naissance de son fils Jésus.

Selon Mt, cette naissance n’a pas Mariam comme seule héroïne, mais surtout Yossef. Mt nous propose de suivre le vierge Yossef, et comment il a été appelé par l’ange, le messager de Dieu, à adopter Jésus comme son enfant. Mt commence par nous donner un regard sur la filiation de Yossef, le 41e depuis Abraham, en passant par David et Jekonia. L’inscription dans la lignée d’Abraham est essentielle, parce qu’elle s’appuie sur la promesse que Dieu a faite à Abraham, d’avoir une descendance qui serait une bénédiction pour l’humanité entière (Gn12).

Cette promesse n’est pas seulement Isaac, David, où Jekonia, mais ce sera Jésus, né de Mariam, l’épouse de Yossef. Mais voilà, la vie d’Abraham sera marquée de profondes déchirures, comme le fait d’abandonner sa famille, ou n’avoir un enfant avec Sara qu’à la fin de sa vie, et celle de Yossef est elle aussi marquée de profondes blessures. Comme si la présence de Dieu dans la vie humaine, ne peut pas se faire sans de profondes remises en question, sans mort à soi-même, sans prendre sa croix.

Les parents de Mariam et de Yossef sont absents des Evangiles. Les 2 tourtereaux sont en quelque sorte déjà majeurs dans leurs choix et leurs décisions, dans le village où ils vivent. Selon Mt, Mariam était fiancée à Joseph et avant leur union, elle se trouve enceinte par l’Esprit saint. Mt n’explique pas davantage, c’est une donnée qu’il ne discute pas. Mais Yossef réagit : Yossef, son mari, qui était juste et ne voulait pas la vilipender, décida de la répudier en secret.

Mariam est enceinte d’un autre, quel qu’il soit ; Yossef ne peut être que choqué, en colère. Elle a cassé leur promesse d’amour toujours ; le projet de vie commune est anéanti ; il va donc casser à son tour le mariage qu’ils préparaient.

Mais au lieu de s’épancher sur les émotions qui ont dû saisir Yossef, Mt écrit qu’il est un juste. Or, Dieu seul est juste, vraiment ; et dans la bible, l’humain juste est celui qui vit et applique toute la loi donnée par Dieu. Yossef connaît la Torah, il chante les psaumes. Il sait que la volonté de Dieu est que l’humain choisisse le bien et non le mal, la vie et non la mort, qfin de vivre sur la terre que Dieu a donnée (Dt 30). La loi a pourtant prévu une situation comme celle-là, et ce scandale adultère est puni de mort pour que la gangrène ne s’installe pas dans le peuple (Dt 22.23).

Yossef n’a rien à faire de protéger Mariam, violée ou consentante, peu importe. Il doit aussi envisager comment sauver la face vis-à-vis des autres ! car lui, le juste, sera traîné dans la boue par Mariam et son séducteur. Il a beaucoup à perdre, la risée du village, son Dieu ne l’a pas aidé !

Mais Yossef, le juste, est sensible à la manière dont Dieu a toujours cherché à faire vivre son peuple, malgré ses égarements. Aussi se demande-t-il comment ne pas répondre par le sang, à la mort de son couple. Ce dilemme le déchire en son for intérieur. Alors, comme le dit un proverbe, la nuit porte conseil !

L’ange du Seigneur lui apparaît en songe, et dit de ne pas craindre de tenir sa promesse à Mariam, elle est bel et bien son épouse. L’ange reconnaît la grossesse de Mariam, et déclare que l’enfant engendré par l’Esprit est Saint. Il lui apprend que Mariam donnera naissance à un fils, qu’il devra l’appeler Yeshoua, car Ishoua-il sauvera le peuple de ses péchés. Puis vient le rappel du prophète Esaïe annonçant la naissance de Dieu-avec-nous Emmanuel, chez une jeune fille.

À son réveil, Yossef doit faire un choix, comme Mariam : oui j’accepte, ou non je ne veux pas !! Eh bien il va se révéler être un homme juste d’une façon paradoxale. Il va être juste en n’obéissant pas à la Loi de Moïse ! Yossef place l’amour au-dessus de la Loi de Moïse. Il poursuit sa promesse à Mariam et conclut le mariage, mais marque autant son malaise que sa crainte du D-Saint, en n’ayant aucun rapport conjugal jusqu’à la naissance de l’enfant. Il prend sur lui de reconnaître cet enfant, de l’adopter comme étant le sien. Il lui donne le nom demandé par l’ange, Yeshoua : Dieu-sauve, oui il a sauvé son couple de l’enfer, leur amour de la haine.
Et Yossef porte alors vraiment, le titre de juste, selon la nouvelle façon de comprendre la volonté de Dieu que proposera Jésus-Christ. Le pardon et l’amour triomphent, Mariam et Yeshoua ont une famille, Yossef a un fils premier-né.

Les quelques mots de Mt à propos de Yossef sont étouffés par l’histoire merveilleuse et rocambolesque de Mariam. Yossef est silencieux, ne prononce pas une parole, toute sa vie est intérieure, on pourrait presque dire mystique. Son silence nous dit combien Yossef est tendu à l’extrême de sa capacité de sagesse et de justice. Face aux cris du monde qui poussent au rejet, au meurtre, à la vendetta, utilisant même la bible pour aboutir à leurs fins, comme le diable citant l’Ecriture pour tenter Jésus, Yossef, selon Mt, n’a pas exposé ses doutes et déductions sur la toile des réseaux. Il s’est enfermé en lui-même et a ouvert une porte à Dieu. L’ange a pu y passer et lui parler. Le Saint-Esprit a pu féconder son coeur, comme le ventre de Mariam, et devenir pour Yossef, Emmanuel.

F&S, nous avons tous nos crises, nos blocages, nos contestations virulentes, nos scandales, connus par d’autres à cause de notre comportement asocial ou nos paroles et gestes qui contredisent ce que nous disons croire. Prenons le temps, ce Noël, pour laisser Dieu nous parler, nous consoler, nous inviter à prendre le chemin de l’amour juste, qui crée des ponts au travers des épreuves et des ténèbres.
Accueillons la parole du Seigneur qui nous rejoint au plus profond de nous-mêmes. Noël, la naissance d’Emmanuel dans notre for intérieur, sera dès lors un événement juste et véritable, puisqu’il changera quelque chose en nous, ouvrant le chemin jusqu’à la croix et Pâques, manifestant l’amour – agapè comme une bénédiction pour l’humanité et une réponse inépuisable.

 

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