251109- 1 Corinthiens 10v23à32 – Chercher l’intérêt d’autrui !

prédication donnée à Crest, lors du synode régional en Centre-Alpes-Rhône

1 Corinthiens 10v 23 à 32

Chers frères et sœurs,

On entend souvent dire : Les situations décrites dans la Bible n’existent plus aujourd’hui. Parfois c’est un jugement précipité. J’ai pu échanger avec des chrétiens Taiwanais qui se trouvent régulièrement dans la situation dont Paul traite ici. Qu’est-ce qu’on fait si l’on est invité dans une famille bouddhiste et ils vous servent un repas qui provient d’un temple bouddhiste ?

À l’époque Paul était confronté à une situation difficile dans la paroisse de Corinth. Là, il y avait des chrétiens qui se considéraient comme quasiment déjà ressuscités. Pour eux, cela constituait une liberté sans limites. Donc ils participaient à des repas de culte des autres religions où l’on vénérait des idoles, sans songer à ce que cela pourrait causer un scandale pour ceux qu’ils prenaient pour des faibles dans la foi. Paul distingue entre un repas cultuel et une invitation privée. Il critique que les gens n’aient pas de considération pour les plus faibles dans la foi. La liberté prétendue des uns se manifestait aussi dans le fait qu’ils participaient aux repas communs, même la Cène, avant que les autres soient arrivés.

Paul vante la grande liberté chrétienne, mais pour lui le grand critère c’est que cela soit une liberté qui construit la communauté chrétienne et qui respecte l’autre.

Chez nous en Allemagne le débat sur le colonialisme et la mission fait rage. Je ne partage pas l’avis de ceux qui en concluent qu’ils n’auraient jamais dû avoir de mission du tout. Mais la grande faute de certains missionnaires est à mon avis qu’ils aient cru que le christianisme soit essentiellement relié avec une certaine culture, une certaine civilisation européenne. Oui, c’est vrai que notre culture respective façonne la foi dans une certaine mesure. Donc moi j’aime le Noël allemand. Mais ma culture ne constitue pas la foi chrétienne. Cette foi est constituée par Dieu, pas par nous. Donc lorsque la culture commence à vouloir constituer la foi, cela pose scandale…

On peut en voir les exemples un peu partout. Commençons par l’autocritique : Par exemple dans les internats chrétiens américains et canadiens pour les enfants des tribus des premiers Américains. En Pennsylvanie la parole était : Il faut sauver l’être humain, mais tuer l’Apache… Les abus sexuels commis par des chrétiens, par des pasteurs, par des prêtres – scandale horrible.

Pas de miracle, si nous regardons plus loin, dans le contexte public certains semblent pouvoir tout se permettre : Je parle du nouvel amour pour les dictateurs qui déferle sur le monde, les abus du droit aux États-Unis, de la montée du racisme, de la montée de la violence envers les femmes…

C’est donc à nous de nager contre le courant de tout cela. C’est à nous de construire une plus grande communion dans nos paroisses, entre les nations, entre les religions, entre les sexes…

C’est à nous de ne pas chercher seulement ce qui est à nous. C’est à nous de respecter la conscience et l’autodétermination d’autrui, de faire tout cela pour la gloire de Dieu. Parce que la liberté chrétienne et l’amour du prochain vont de pair ! C’est à nous de réfléchir ensemble aux fondements de la foi plutôt que de mettre en avant notre propre liberté sans égard pour les autres.

C’est à nous de ne pas donner lieu à un scandale. Les autres sont ou seront sauvés par le Christ, mais je ne dois pas être un obstacle pour eux.

Je vois bien notre découragement, la pusillanimité chrétienne allemande et peut-être aussi européenne ces jours-ci. Mais je suis inspiré par l’exemple des chrétiens taiwanais qui ménagent prudemment leurs relations avec leurs prochains bouddhistes. Je suis inspiré par l’exemple des chrétiens et chrétiennes chinois qui ont tellement souffert et continuent à souffrir.

J’ai rencontré une pasteure à Guangzhou à qui on avait interdit de construire une église pour ses paroissiens. Qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle a construit une maison de retraite. Par chance il lui restait un étage et alors…

J’ai visité une autre paroisse dans le sud de la Chine. Il y avait un groupe de membres du staff qui nous ont dit la bienvenue. Ils portaient tous et toutes des talkies-walkies. Je leur ai demandé à quoi cela servait. Ils ont dit que c’était pour organiser les rencontres de leurs groupes différents. J’étais impressionné par des photos de disons peut-être 150 personnes sur le mur du foyer. J’ai dit mon admiration au pasteur du fait qu’il avait une si grande paroisse. Il a souri : « Non, ce sont les photos des leaders de nos groupes ! «Mais combien de cultes faites-vous le dimanche ? » La réponse était : « Six ! Et nous avons 10 chorales… » Et c’est eux qui sont presque les seuls dans cette grande ville de la Chine qui s’occupent des malades, des travailleurs migrants, des drogués, des handicapés dans un système dit communiste, mais où chacun doit s’en sortir lui-même…

Donc, courage, les chrétiens et chrétiennes ! Courage, petit groupe !

Amen.

                               Par Christof THEILEMANN

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