2/03/2025 -Luc – clairvoyance

prédication donnée à Loriol

1 Corinth 15, 54-58     Luc 6, 39 à 45(49)

Vous êtes encore là ce matin ? bravo pour votre persévérance !

Ce dimanche nous amène à la dernière partie du discours-identité, ou discours-projet-de-vie que Jésus pose à ses disciples et la foule. Après avoir souligné combien il vaut mieux être pauvre que riche, dépendant que satisfait, moqué en le suivant que bien vu en s’adaptant au monde, Jésus a révélé l’ADN de son comportement et de sa pensée, avec un amour inconditionnel et actif, qui puise son énergie dans la bonté fondamentale de Dieu-Père. Il a ouvert sur la pratique en affirmant que cet amour va beaucoup plus loin que la réciprocité dont se contente tout un chacun dans la société.

Jésus s’est nourri de la Torah et des Prophètes, pour en tirer ce qui en est la racine, l’essence-même : L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé proclamer la délivrance aux prisonniers (Lc4.18). Et il en fait pour lui-même d’abord, pour ses disciples ensuite et les foules enfin, un mode de vie sans complexe, et un enseignement paradoxal, qu’il tiendra jusqu’au bout de sa vie, la croix. Mais cette croix n’a pas été la fin de l’histore : Dieu a relevé Jésus de la mort, et c’est là encore, une folie pour notre esprit, mais une libération de la mort qui n’a plus qu’un pouvoir limité (1Co 15.56).

Nous avons été secoués par ses paroles et le renversement des règles admises ; ce n’est plus la loi du plus fort mais le règne de ceux qui manquent. Jésus nous fait quitter ce qui est convenu pour véritablement entendre une parole neuve et qui devient vraie ; il nous demande de quitter ce qui est recouvert de verni d’église, quitter cette condescendance devenue routine sans réel changement de vie. La majorité de la jeune génération l’a fait – elle n’est pas présente parmi nous ; mais quel effet ce manque —et de jeunesse et de richesse— a-t-il dans notre pratique tradi’ et standardisée, et dans nos paroles habituelles ?

Pourtant, je crois que nous sommes à l’écoute de cette bonne nouvelle, décapante et malgré tout attirante, et nous savons que la rendre vivante implique un nettoyage de printemps régulier, un mouvement qui va nous sortir de nos ornières, et déplacer nos formes actuelles de vie d’Eglise. Nous pouvons résister, dresser des murailles autour de la tradi’ ; ou accueillir la vie neuve, la naissance nouvelle, même âgés comme Nicodème !

Et c’est bien ce que Jésus propose, selon Luc, avec les 3 petites paraboles directement appliquées. Car Jésus veut garder ouvert le chemin vers ce changement de vie, avec la capacité de chacun à le vivre avec lui.

Un aveugle peut-il conduire un autre aveugle ? ne tomberont-ils pas tous 2 dans le caniveau ? Un bon arbre ne produit pas de mauvais fruits, et un arbre malade ne produit pas de bons fruits, et chaque arbre se reconnaît à son fruit. A qui ressemble celui qui vient à moi, qui écoute mes paroles et les met en pratique : il est comme celui qui s’est mis à bâtir une maison ; il a creusé profondément la terre et a posé les fondations sur le roc.
Ce que Jésus nous encourage à vivre avec ces 3 histoires et leurs applications, c’est notre capacité à bien voir, regarder, où nous sommes dans nos relations avec les autres et avec lui. Il nous a interpellés vivement sur nos regards, formatés par la société ambiante, qui prône la richesse, l’autosatisfaction et le paraître, en nous demandant d’oser LE prendre, lui, comme guide et maître à penser et à agir, au risque de nous trouver pauvres selon le monde et rejetés.

Avec ces 3 histoires, Jésus nous demande d’ouvrir les yeux, d’observer, de changer de regard. Un aveugle ne voit rien de plus qu’un autre aveugle, et donc comment peut-il discerner correctement la paille dans l’oeil de son voisin, lui qui ne peut même pas repérer la poutre dans son oeil. Le disciple qui croit supplanter son maître, est aveuglé d’une poutre ; au mieux sera-t-il comme lui, à son image et sa ressemblance (Gen), ou encore transfiguré en son image de gloire, progressivement (2Co.3.18). Ôter la poutre de son oeil demande le courage de changer de perspective, de modifier en profondeur notre mode de jugement de l’autre, au lieu de l’enfermer dans les structures du monde. Cette thérapie tournée vers soi-même vient dévoiler notre hypocrisie, c’est-à-dire cette poutre qui nous empêche de voir l’autre tel qu’il est et d’avoir des relations de non-jugement – à la manière de Jésus qui a su accueillir chaque personne en toute clairvoyance, sans le juger.

Ce regard peu à peu libéré de la poutre, se met alors à discerner le bon arbre à son bon fruit, mais aussi et surtout, il nous encourage à cultiver notre propre arbre pour qu’il produise du fruit nourrissant et agréable, des figues et du raisin au lieu de buissons d’épines et de ronces. Ainsi pourront sortir des paroles de confiance, de bonté et de justice de notre bouche, car le coeur sera éclairé de l’Esprit du Christ, véritable source de vie. Puisque ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur (v45) : que cultivons-nous donc dans nos coeurs ? ronces ou figues ? Regardez bien vos fruits !

Et Jésus termine par une mise garde envers les disciples quant à leur prière ou leur attitude à son égard. Répéter Seigneur ! Seigneur ! ne fait pas de vous un bon chrétien, malgré le bruit que vous faites autour de vous, si vous laissez l’oeil bouché d’une poutre, ou cultivez des épines dans vos pensées sur les autres. Autrement dit, les disciples ne doivent pas transposer dans leur relation avec Jésus, le mode de vie issu du monde. Richesse, pouvoir, satisfaction qui ne servent qu’à s’affirmer soi-même, réussir sa vie, ne sont pas du Seigneur – malheureusement quelques exemples actuels sont largement diffusés !

Que celui qui dit S ! S ! soit une personne qui vient vers Jésus, écoute ses paroles, et les met en pratique. Il sera semblable à celui qui creuse profondément pour trouver le roc sur lequel mettre la fondation de sa maison. Le point de divergence est la mise en oeuvre, non pas bonnes oeuvres —comme le monde et la religion de mensonge ; mais obéissance aux paroles de Jésus, travail de fond sur soi et en soi ; agir et entrer dans la même clairvoyance que celle de Jésus, celle qui montre une solidité étonnante aux agressions et qui les accepte jusqu’à la croix; sur ce parcours, toute tempête du monde ne pourra plus s’imposer à nous, et nous emporter à tout va.

Et c’est en nous appuyant les uns sur les autres pour progresser, nous encourager, que nous resterons dans l’humilité du Christ; puisse notre chemin cette année en témoigner.

 

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