18/09/2022 : Repas pour tous

Prédication du 17/06/2023 par le pasteur Marc LABARTHE

1 Corinthiens 11, 17 à 34

La lecture de tout ce passage rappelle peut-être de mauvais souvenirs quant au moralisme qui était donné à cette introspection de soi, afin de découvrir un péché rendant indigne et interdisant la communion. Et comme Paul monte en épingle les maladies dont certains sont atteints, le malaise est encore plus grand. Mais d’où vient cette interprétation négative ? et ce que Paul a écrit a-t-il bien ce sens-là, ou un autre sens, qu’on ne repère plus ?

Tout à l’heure, vous pourrez prendre connaissance d’une exposition sur le repas dans la Bible. Peut-être découvrirez-vous que le repas est à la fois très éloigné de ce que nous vivons aujourd’hui, et proche par quelques-uns de ses aspects. Et ce texte aux Cor abord le repas, en particulier celui qui réunit la communauté.

Paul est un chrétien ultra-dynamique, qui a vécu il y a bien longtemps : de la 2e vague, juste après les apôtres de Jésus. Paul écrit à une toute jeune communauté qu’il a fondée en 50 et édifiée pendant 2 ans. Elle n’a pas une longue tradition sur laquelle s’appuyer — sinon l’enseignement de Paul et ses amis, puis d’Apollos venu après son départ. Elle doit donc sans cesse s’inventer au fur et à mesure de sa progression et de ce que cela peut changer dans sa situation au sein de la société corinthienne. Cette communauté est traversée de multiples tensions et divisions : entre riches et pauvres, exaltés et timorés, forts et faibles, tenants de Paul, d’Apollos ou de Pierre. Paul est interpellé par ce qui se passe dans la petite église, et vers 55 ou 56, il écrit cette lettre, dans laquelle il apporte des réponses à des questions, et demande aussi de nombreux correctifs à la vie communautaire ou individuelle des chrétiens et chrétiennes de Corinthe.

Car le fait de suivre un maître spirituel qui a été crucifié, pose de nombreux problèmes, et des problèmes nouveaux auxquels aucune réponse n’a encore été développée et consolidée.  Ainsi pour les chrétiens de Corinthe, issus du paganisme, lorsqu’ils placent le parcours de Jésus Crucifié sous leurs yeux, que peuvent-ils en tirer comme conséquence sur leur comportement au quotidien de leur vie ? ils ont bien compris que le message de Jésus demande une nouvelle façon de vivre les relations humaines. Mais jusqu’où aller ? Ils sont confrontés à la mise en cause d’un modèle de société qui assigne à chacun.e une place précise, une place difficilement modifiable, imposée en fonction de sa naissance, de son statut social et de sa richesse. La société d’alors est clairement stratifiée et le passage d’une strate, ou caste, à une autre est exceptionnel. 

lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas pour prendre part au repas du Seigneur, écrit Paul, et ce repas vous fait plus de mal que de bien. Nous ne savons pas s’il s’agit du repas quotidien en fin de journée, ou celui du 1er jour de la semaine (16.1). En outre, cette réunion ne se déroule pas dans un temple, mais chez un particulier, quelqu’un d’aisé qui peut accueillir entre 20 et 60 personnes. Et comme la manière de vivre des riches et des pauvres, des hommes libres et des esclaves, est totalement différente, nous pouvons comprendre que les plus aisés n’ayant pas à travailler, peuvent se retrouver déjà dans la journée alors que les personnes esclaves ou aservies ne rejoignent la communauté qu’une fois leur service terminé. Que reste-t-il pour eux, dans les plats, coupes … ?

Le scandale est bien là, pour la communauté chrétienne, qui voit ce repas devenir le lieu où les différences sociales et de statut sont réactivés et se manifestent visiblement.

Paul n’est donc pas content du tout ! et il le fait savoir. Le repas à dimension cultuelle qui doit réunir la communauté n’atteint pas son objectif !  Paul dénonce la manière de participer à ce repas : il est pris chacun pour soi. Ce qui va exactement à l’encontre de la tradition que Paul va rappeler, où le corps du Seigneur est pour vous. Le fait de ne penser qu’à soi-même, c’est faire honte à celles et ceux qui n’ont rien, alors même que dans et par le Crucifié, Dieu a fait le choix des faibles, de ceux qui ne sont rien aux yeux du monde. 

Paul reprend donc l’enseignement qu’il a lui-même reçu. Car ce qui permet d’évaluer le repas des Corinthiens, c’est bien le dernier repas de Jésus, que tous proclament Seigneur de l’église.

La cène est un repas qui fait mémoire. Par 2 fois, l’expression « Faites cela en mémoire de moi » apparâit sous la plume de Paul (v.24+25). La Cène n’est pas n’importe quel repas. Ce « faire mémoire de Jésus » doit être explicitement présent et reconnu lors de la célébration : le don de Jésus aux siens doit fonder le comportement de tous, lors de ce repas, chaque fois qu’il est pris.

Et Paul en déduit les 2 conséquences, pas faciles à entrendre pour nous : v.27+33, « c’est pourquoi ».

Manger dignement ou indignement : rien à voir avec les péchés dont l’un ou l’autre serait coupable ; bien plutôt la dignité de son comportement concret en Eglise, respectueux tant du Seigneur célébré que de la communauté à laquelle il appartient. Paul emploie plusieurs fois le mot « corps », unissant corps de Jésus et corps du Christ. Vie du Seigneur et vie de la communauté. La dimension communautaire est clairement articulée à la dimension personnelle.

Il en va du Corps du Christ et de sa santé, dont chacun est responsable. Ainsi que chacun s’examine, non pas pour s’abstenir, mais bien pour prendre part au repas dans l’esprit du Christ.  C’est pourquoi Paul termine par la reprise du sens de la réunion autour du repas, qui doit être pris en s’attendant les uns les autres, ou s’accueillant les uns les autres. Si le repas doit sustenter chacun, il est fait aussi en mémoire de Jésus, qui partage, donne et renouvelle, ensemble – unis.

Quelques mots sur cet exemple des maladies qui touchent certains. En arrière-plan de l’argumentation de Paul, il y a le récit de l’Exode qu’il commente juste avant, au ch. 10,1-11. Si les croyants de la première alliance ont payé jusqu’à la mort même leurs désobéissances, qu’en sera-t-il des croyants de la nouvelle alliance qui méprisent l’Eglise et font honte à celles et ceux qui n’ont rien ?

Pour Paul, le partage du pain et du vin sans discerner le corps du Christ a des conséquences sur la vie des membres de la communauté, et plus précisément dans leur corps. Paul joue sur le sens du mot corps, qui concerne d’abord le pain symbolisant le corps donné du Seigneur « pour vous » (v24). Ensuite le mot corps vise le corps meurtri du Crucifié (10,16 ; 11,27), là où la communauté chrétienne trouve son origine, là où elle reçoit la grâce. Et puis le corps désigne aussi la communauté, l’Eglise (10,17 ; 12,12ss). Aussi, la maladie, les infirmités, la mort, qui s’attaquent au corps, sont comme des manifestations des maux qui affectent le corps du Christ, = l’Eglise. 

Paul estime-t-il que celles et ceux qui sont malades ou même morts, étaient plus coupables que les autres ? Ce serait plutôt à prendre au sens où le mal est là et se manifeste violemment chez certains, à l’image du récit de l’Exode expliqué juste avant. Car ces situations tragiques expriment une forme de solidarité, au sens où le comportement méprisant des uns rejaillit sur tous, alors de même, la maladie d’un membre du corps touche et perturbe tout le corps. L’apôtre se livre à une véritable relecture qui essaie d’actualiser et donner du sens à certaines maladies qui touchent plusieurs membres de la communauté. Sa sévérité n’a pas pour but de rendre le repas « dangereux » mais qu’il soit image fidèle des relations qui lient les membres de la communauté entre eux et avec leur Seigneur.

Cette reprise en main de Paul quant au repas du Seigneur, doit nous aider à repenser nos cultes avec la Cène, revisiter notre mode vie communautaire, bref, interroger notre projet de vie en tant qu’Eglise témoin du Christ à Loriol-Livron. Qu’il en soit ainsi !

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