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- 16/03/2025 -Luc – transfigurer la tentation
16/03/2025 -Luc – transfigurer la tentation
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prédication donnée à Livron et à Aubenas
Le parcours que nous propose l’Ev selon Luc ces dernières semaines {cf.Luc2naisance; 4synagogue; 2temple; 5disciples; 6plaine}, nous a fait découvrir le début de la vie de Jésus, avec ses 1ers discours ; il nous a placés devant une manière de conduire notre vie, entre la pauvreté et le rejet ou la richesse et le bien-être. Nous découvrons alors que suivre Jésus peut créer une tension parfois intense avec la société, surtout lorsqu’on se plonge au coeur de l’identité de Jésus lui-même : son critère, c’est l’amour du prochain, même l’ennemi. Avec ses petites paraboles sur la paille et poutre, l’arbre et ses fruits, la maison sur le roc, Jésus nous fait cheminer avec lui, dans sa façon à lui de vivre, i.e. de voir, écouter, et agir. Et il nous a dit que ce parcours-là n’est que du bonheur.
Or voilà que les 2 dimanches qui débutent le temps de la Passion, nous font lire les 2 textes de la tentation et de la transfiguration. J’ai choisi de les lire ensemble aujourd’hui, car je crois qu’ils nous parlent de notre vie humaine, avec des étapes où bonheur et honte(malheur) s’entrecroisent.
Dans les 2 passages, Jésus s’éloigne des foules et du bruit. Il est poussé par l’Esprit à le faire, pour aller dans le désert, lieu d’ambivalence dans la bible, lieu de soif et de mort, mais aussi lieu de refuge et de rencontre avec Dieu. Et sans le dire, mais certainement que l’Esprit n’est pas innocent en l’affaire, Jésus monte sur une montagne, avec 3 compagnons seulement. Deux temps de retraite, avec des résultats qui semblent opposés, mais qui se rejoignent et se croisent.
L’histoire de la triple tentation de Jésus est un résumé de tout l’Evangile, un concentré de sa vie jusqu’à la croix. Ne faire de cette histoire qu’un examen de passage afin de pouvoir vivre la vie humaine, les contraintes sociales et le débat religieux est insuffisant. Ce n’est pas son master pro ou doctorat que Jésus obtient. C’est toute sa vie qu’il assume dans ce désert, avec l’Esprit et avec le diable. C’est une manière de dire que l’existence humaine est confrontée du début à la fin, à cette triple tentation qui concentrent toutes les épreuves du monde.
la première tentation de Jésus est d’être pertinent et efficace : transformer des pierres en pain. Il a ce qu’il faut sous la main pour modifier la situation, assurer sa vie et son développement personnel, d’abord – car c’est le principal que de devenir riche et de se satisfaire – et ensuite s’occuper du monde, s’il le veut bien.
La deuxième tentation de Jésus est celle du pouvoir; il en a les moyens par l’Esprit, et il en recevrait davantage encore du diable. Arriver enfin à ses buts, à réaliser sa propre vision du monde, a faire cesser les injustices et les guerres, obliger tout le monde au service de tous, et garder pour soi le pouvoir. C’est tentant, non ?… C’est bien ce à quoi ont cédé les dirigeants -y compris d’Eglise- la plupart du temps, tout en parlant de Jésus, lui qui est monté au Golgotha et non au palais.
La troisième tentation de Jésus est de faire quelque chose de spectaculaire, quelque chose qui produira des millions de likes, de tweets et toujours plus de followers = d’abonnés. Se jeter du haut du temple et retomber sur ses pieds grâce aux anges – qu’ils soient vus ou pas – quel spectacle inouï ! Jésus serait à la mode et deviendrait le plus grand des influenceurs de tous les temps.
Pertinence, spectacle et pouvoir, les 3 ingrédients de la réussite dans toutes les sociétés humaines, et que Jésus a toute sa vie utilisés, mais en refusant d’en faire son fond de commerce, de manipuler les foules en armées serviles, ou encore d’en faire un atout pour dominer le monde. Vous avez entendu comment il a marqué son chemin de bonheur auprès des pauvres et marqué sa honte devant la notoriété des riches. Et sa méthode pour lutter contre ces tentations, nous l’avons aussi entendu, c’est l’écoute et la pratique de l’amour du prochain : aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent, bénissez et ne dites pas de mal…
Et voilà que le jour de la transfiguration, Jésus est au sommet d’une montagne, avec 3 admirateurs. Son aspect change, la gloire divine devient perceptible au point de dévoiler la présence des champions d’autrefois, Moïse et Elie. Jésus concentre à ce moment-là, toutes les capacités imaginées par le diable, et bien plus, puisque la voix divine le déclare fils de Dieu, celui qui a été choisi, qu’il s’agit d’écouter. Et les disciples en sont groggys, titubants de sommeil, ils ne pensent qu’à rester dans cet état-là de bien-être absolu : dresser 3 tentes, c’est s’installer pour un moment, et profiter de la situation privilégiée qu’est la leur. Vous vous rendez compte ! la classe, le spectacle, la réussite, le pouvoir d’influencer le monde entier, grâce à ce vécu !
Tojours cette tentation diabolique, dans nos moments de gloire où tout semble enfin bien tourner. Pierre se trompe, attiré par l’idéal que lui fait miroiter le diable. Mais il est arrêté ou rattrapé par Dieu lui-même, qui lui dit d’écouter son fils, Jésus. Et cette parole détruit toute l’atmsophère, elle jette un froid qui les éveille : Jésus est là, tout seul, sans fioriture aucune. Ils en sont coi. Quand ils redescendent, la misère du monde les frappe de plein fouet, autant que leur incapacité à produire un minimum de résultat. Jésus intervient alors avec une phrase énigmatique, mais pleine de sens pour les 3 hommes silencieux : jusqu’à quand serai-je avec vous ?
Cette question —jusqu’à quand— indique une limite, et leur rappelle le débat entre Jésus, Moise et Elie, qui parlaient de son départ, qui allait s’accomplir à Jérusalem. Planter des tentes aurait éviter ce depart, impossible à accepter, car Jésus en tant que Messie, ne peut partir de Jérusalem, sans être le conquérant du monde, libérateur. Or ce départ dont ils ont parlé là-haut, ne semble pas aller dans ce sens-là: son départ est une sortie, un exode. Comment comprendre ?
Ont-ils en mémoire que Jésus a déjà parlé d’un autre départ -sa mort-, 8 jours avant leur ascension ? et il en reparle dans les minutes qui suivent aux seuls disciples : le Fils de l’homme va être livré.(v.22+44)
Tout cela n’est pas encore clair pour eux; mais ce départ est le point ultime du refus de la tentation diabolique du pouvoir, du spectacle et de l’efficacité. Pour affronter son propre exode, sa sortie du monde dans lequel il est né, Jésus reçoit et partage avec 3 disciples, la confirmation de son identité profonde, de sa gloire, qu’il n’a pas utilisée pour lui-même, mais dont il va se dépouiller jusqu’à la mort sur la croix. Et les disciples le comprendront après la Pâque, en le rencontrant relevé, réveillé, vivant. Car sur la croix elle-même, Le Roi Des Juifs a été exposé aux foules, nu et ensanglanté — étrange pouvoir royal ; le spectacle de sa descente de croix n’a pas bénéficié d’effets grandioses — les anges pleuraient: de joie ?! ; ses paroles n’ont de pertinence que pour ceux qui écoutent pour remplir leur vide intérieur – pardonne aux ennemis que j’aime, car ils ne savent ce qu’ils font.
Entrer dans le désert c’est vivre dans notre monde avec ses ambiguités, ses ambivalences de toutes sortes. La triple tentation de Jésus nous révèle que nous devons écouter les Ecritures comme Jésus les a écoutées et appliquées, afin de tenir ferme sur le chemin de l’amour qu’il nous a ouvert. Avec les 2 aspects de la transfiguration puis de l’enfant démonisé, nous avons la promesse que Dieu est là, qu’il nous assure sa gloire, alors même que nous écoutons son Fils, Jésus, jusque dans nos succès et nos impuissances de toutes sortes, face aux misères sociales et politiques qui côtoient nos déserts de solitude et nos montagnes glorieuses.
Seigneur, montre-nous ta voie. amen