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- 16/02/2025 -Jérémie+Luc – avons-nous faim?
16/02/2025 -Jérémie+Luc – avons-nous faim?
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prédication donnée à Beauchastel
A la première écoute de ces 2 textes bibliques, on peut se demander si les malheurs et les bonheurs de l’existence sont écrits d’avance, parce qu’ils auraient été voulus de Dieu dans nos vies et que personne ne peut y échapper !
En particulier chez Jérémie, où Dieu dit que l’homme qui ne se confie qu’en l’être humain et ses capacités, et qui oublie Dieu, cet homme-là est maudit, il n’a pas d’avenir – image du désert où tout vie se desseche et brûle. Et face à lui, il y a l’homme qui met son assurance en Dieu, il est donc béni, il va vivre, car il est comme l’arbre près de l’eau qui reste verdoyant et produit du fruit.
Et puis nous avons le passage de l’Ev selon Lc, qui nous rappelle une version plus longue et assez différente, dans l’Ev selon Mt, qu’on appelle les Béatitudes. Dans Mt, Jésus prononce une série de 8 ou 10 bonheurs – les bienheureux. Alors que Luc nous présente un Jésus qui annonce à la fois des bonheurs et des malheurs — mais attention, ce sont des malheurs et non pas des malédictions comme Jérémie ! ce n’est pas la même chose, et il faut nous en souvenir. Dans le texte grec, il n’y a que le cri de détresse lorsqu’un malheur arrive, un cri de désespoir : ouaïe-aie-aie !
Mais ce qui nous dérange certainement, c’est que ce cri éclate devant le malheur de gens inattendus ! Et nous pouvons tous être perturbés, car la détresse est liée à des choses qui nous semblent plutôt positives, voire même comme naturellement une bénédiction, peut-être même un cadeau de Dieu ! La richesse, disposer du nécessaire pour vivre, avoir un peu de loisirs pour voyager, tout ça c’est du bonheur — vous êtes d’accord ? nous les considérons comme des signes de bénédiction. Vraiment, comment peut-on être heureux quand on doit se démener pour gratter un euro ? Comment peut-on être heureux quand on a l’estomac qui gargouille parce que vide à la recherche de quoi manger ? Et pourquoi est-ce un problème que de rire ou la bonne réputation?
Luc écrit : Jésus regarde ses disciples et dit : Heureux, vous les pauvres, car le RD est à vous; heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez ! Par contre, aie-aie-aie vous les riches, car vous avez déjà la consolation, aie-aie-aie vous qui ne manquez de rien, car vous aurez faim !
Jésus n’est pas en train de mettre en place un programme pour ses disciples, il ne donne pas des règles de vie et de comportement. C’est vraiment autre chose. Jésus décrit la situation tourmentée de ses disciples : ceux parmi eux qui sont insultés et démunis de tout, sont déjà dans le RD, ils recevront une grande récompense de la part de Dieu. En revanche, ceux parmi eux qui sont riches, qui sont pleins et satisfaits de leur vie, oh-là-là, mais que peuvent-ils bien obtenir de plus en cherchant Dieu ? Qu’est-ce que Dieu peut donner de plus à quelqu’un qui est déjà plein ? Tout va bien ! jusqu’à sa réputation !
Jésus s’adresse à l’attroupement bigarré de ses disciples, mais tout le peuple venu de différentes régions entend aussi ce qu’il dit. Ainsi, parmi eux tous, il y en a qui laisseront tomber, parce qu’ils sont remis en cause dans leur bien-être, et c’est irrecevable, inaudible pour eux, de devoir mettre en question leur situation. Mais il y en a d’autres qui sont attirés par cette diatribe de Jésus, parce qu’ils se savent dans le manque matériel pour survivre, ils sont venus vers lui pour ça, et d’autres savent que ce qu’ils ont déjà, ne leur suffit pas pour être vraiment heureux, en paix.
Parmi ceux qui lâcheront Jésus, il y a tous ceux qui “ont” – biens et réputation – dans la société, et qui feront tout pour que Jésus soit réduit au silence, jusqu’à l’attentat de la croix. Parmi ceux qui se lient à lui et à son nom, il y a ceux qui ont faim pour leur corps et pleurent face aux agressions subies, ceux qui perdront leurs avantages, leurs acquis, ceux qui partiront sur les routes d’exil et du témoignage, et qui seront remplis jour après jour d’une joie intense de savoir que Dieu est près d’eux, avec eux.
Mais ce qui ne va pas avec ce texte, S&F, c’est qu’il nous met du côté de ceux qui ont/possédent, de ceux qui n’ont pas besoin de grand chose pour survivre correctement. Nous sommes des satisfaits, nous avons la maison et le téléphone, la télé et la voiture, nous pouvons nous offrir des loisirs, des vacances, tout ce surplus de plaisirs que le monde met en avant comme une nécessité pour montrer sa réussite et faire valoir la réputation. On se dit parfois insatisfait, parce que trop d’impôt, pas assez de retraite, car résussir sa vie, c’est d’en avoir encore plus ! Mais cela signifie que nous avons déjà notre consolation, affirme Jésus.
Aie-aie-aie ! ces choses-là que le monde appelle bénédiction et bonheur, sont donc potentiellement des sources de malheur, de chagrin, car elles révèlent ceci : il n’y a plus de place pour Dieu dans nos vies. Est-ce la raison de nos bancs inocupés ? Vouloir toujours davantage des choses de ce monde, nous rend insensibles à notre besoin de Dieu. Et lorsque Dieu est laissé de côté, lorsqu’il ne sert qu’au décorum ponctuel à Noël ou à Pâques – ou les obsèques, oh-là-là ! quelle tristesse !
S&F, nous sommes de ceux qui ont, et qui ne manquent de presque rien; pourtant notre présence ici, dit aussi que nous sommes parmi les pauvres, quelle que soit notre pauvreté, et que nous avons faim, quelle que soit notre faim. Jésus déplace les curseurs, et ça fait grincer des dents, il refuse clairement les avantages de notre monde et sa moralité, et il en paiera le prix sur la croix. Mais ce faisant, il fait découvrir que nous avons un grand vide en nous-mêmes, et qu’il ne peut être véritablement comblé que par l’amour de Dieu, sa tendresse et sa justice.
D’une certaine façon, c’est une mort et une résurrection que nous devons passer nous aussi. Mort à la bonne conscience du monde, et résurrection dans l’amour de Dieu. Et c’est chaque jour que nous avons besoin de ce renouveau, et qu’il nous est donné, comme une source d’eau vive, une joie et une espérance parfois minime, parfois débordante, nous permettant d’en vivre et de le partager, jusqu’à la pleine réalisation de son Règne. C’est ainsi que nous passons du Oh-là-là ! à un heureux vous êtes quand les gens vous oublient ou vous insultent, car Dieu vous prépare une grande récompense !