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260607-Mt9v35-10v9-mission des disciples
prédication donnée à Loriol
Matthieu nous dit ce matin, que Jésus observe des symptômes inquiétants. Les foules qu’il rencontre sur son chemin sont troublées et livrées aux loups. Les nuances des mots grecs traduits par « lassées et abattues » (v36), suggèrent que les gens ordinaires que Jésus observe sont harcelés et incapables de réagir, démunis et même en colère – et que personne ne s’en soucie. Jésus a déjà vu cela, aussi propose-t-il un diagnostic : Ils sont comme des brebis sans berger, une foule prête au changement et qui cherche une issue, mais sans chef à l’horizon qui puisse les rassembler, les protéger et les défendre, leur donner un but, un objectif, et peut-être même une mission.
Jésus prend la parole, et nous surprend, parce qu’après l’image du berger qu’il faut trouver, on s’attend à ce qu’il se présente comme tel. Mais il donne une autre image : Il y a une moisson qui n’attend que d’être récoltée, déclare-t-il. Il a compassion de ces vies tourmentées. Elles sont mûres pour entrer dans les granges du Royaume, et, de tout son cœur, il désire les rassembler en une communauté florissante, mais il ne peut y parvenir seul. C’est pourquoi depuis le début de son ministère, Jésus rassemble une équipe autour de lui, qu’il forme et habilite pour cette œuvre, qui consiste à 1° pêcher des humains, 2° moissonner des champs immenses, 3° rassembler et soigner des mammifères laineux et perdus.
L’équipe a démarré avec quelques pêcheurs, Pierre, André, Jacques et Jean. Elle compte désormais douze personnes, de formation diverses, un nombre idéal pour un projet parmi les Israélites. Ils sont prêts à commencer. Mais où ? Comment ? Jésus leur donne le pouvoir de repousser les esprits impurs et de guérir toutes sortes de maladies. Puis il ajoute une directive qui heurte nos sensibilités actuelles : « Restez chez vous. Rassemblez seulement les vies dispersées et perdues du peuple élu de Dieu, Israël », décrète-t-il.
En interprétant cela de la manière la plus charitable, on peut supposer que les membres du peuple élu, du moins en théorie, connaissent leur mission et leur rôle dans le monde : être une bénédiction divine pour toutes les familles de la terre (selon la promesse faite à Abraham Gn 12,3), être une lumière pour le monde a déclaré Jésus dans son discours sur la montagne, comme une cité lumineuse située sur une colline.
Dieu seul sait combien de fois et de quelles manières le peuple élu de Dieu, Israël, son équipe originelle, a béni toutes les familles de la terre pendant les 1800 ans qui séparent Abraham de Jésus, ou au cours des deux millénaires qui se sont écoulés depuis que Jésus a envoyé sa propre équipe avec la mission de prêcher l’Évangile du royaume de Dieu et de chasser les esprits impurs.
Nous constatons clairement, cependant, que malgré les services de quelques bergers remarquables – David, Ézéchias et Josias, par ex – Dieu a dû envoyer vague après vague, des prophètes pour rappeler Israël à sa mission, et beaucoup d’entre eux ont été ignorés ou assassinés pour leurs efforts. De même avec les générations de disciples que l’équipe de Jésus a rassemblés et appelés = Église : Nombreux ont été martyrs, puis ils ont intégré la religion au point de persécuter à leur tour, et se trouvent aujourd’hui happé par l’indifférence et le manque d’amour demandé par Jésus.
Le fait que Jésus envoie ses disciples sans le moindre soutien financier, ni même un seul vêtement de rechange, est un indice qui révèle l’origine de l’échec chronique de leur mission. Un budget et une garde-robe assurent l’autosuffisance et isolent l’équipe de ceux qu’ils côtoient. Disposer de financements et de ressources s’accompagnent aussi de structures et de règles, afin de déterminer la cadre de l’action engagée. De toute évidence, comme Jésus lui-même l’établit, nous devons fixer des limites. Nous ne pouvons pas aider tout le monde. Mais les critères de ces choix ne sont pas les mêmes que les siens.
Jésus demande de chasser les démons et de guérir toute maladie (10v8). Outre le fait qu’il peut y avoir des personnes possédées et des maladies précises, comme les Evangiles nous en parlent, il y a aussi ces démons qui marquent leur empreinte dans les discours et les comportements égoïstes, destructeurs, toxiques, dans toutes les sphères de la société ; et avec les outils modernes, leurs influences délétères se propagent plus facilement, plus insidieusement ; et pour lutter contre eux, les débusquer, le soutien de l’Esprit de Dieu est vraiment nécessaire. Enfin, il n’est pas possible de tous les traiter en même temps : c’est dans un cadre, un secteur de vie, qu’il s’agit d’intervenir.
Quant aux maladies, elles sont bien nombreuses. A côté de celles physiques, il y a celles psychologiques, et celles qui étouffent et écrasent la personne dans son identité. Chacun se croit libre d’agir lorsqu’il fait ce qu’il veut, répondant ainsi aux sollicitations de son intelligence couplée à ses émotions, parfois justifiées, parfois manipulées, induites dans une direction diabolique.
Nous nous retrouvons souvent démunis pour réparer ou même atténuer ce qui se passe. Mais notre présence compte. Quelles que soient les souffrances de ceux qui croisent notre chemin, nous sommes la lumière du Christ dans les ténèbres, pour eux. Par la foi seule, nous avons l’assurance d’être la présence compatissante du Christ, là où des brebis sans berger n’ont nulle part où aller, si ce n’est auprès de nous, où elles trouvent un refuge. Nous avons aussi la foi que nous sommes suffisants, dans le cadre où nous sommes envoyés.
La demande que Jésus nous fait, en tant que disciples qu’il a formés — quel que soit notre âge et nos origines, est de laisser allumée sa lumière et la montrer autour de soi ; d’entrer dans ce ministère de témoin, d’oser résister aux démons lorsque nécessaire, de cheminer avec l’autre sur son chemin de guérison.