260510-Lc -parjure-invitation

prédication donnée à Loriol

Luc 22v 31-34 ; 22v 56-62 ; Matthieu 28v 1-9

Pierre est étendu. Il paraît dormir. La venue, la rencontre de son Seigneur revenu à la vie, avait été pour lui le sujet d’une joie profonde, d’une vraie joie, celle qui remonte de l’intérieur en réchauffant et le cœur et l’esprit. Mais sa joie est troublée à tout moment par cette absinthe, qu’il remâche constamment : son reniement, son lâche reniement trois fois recommencé. Et il se torture:

«Comment en suis-je arrivé là ? Quand je pense que, dans sa grande bonté et sa perspicacité, Jésus m’avait prévenu. Malgré cela, comme un pleutre, comme un couard, comme si je n’avais jamais, jamais rien reçu de lui — de lui qui nous a tout donné, de lui qui nous a tant aimés — voilà que je prétends ne pas le connaître! A ce moment même, il m’a regardé avec une telle compassion que j’aurais dû, aussitôt, me jeter à ses pieds, pour lui dire combien je l’aimais ! Mais non, j’ai pris la fuite. Moi ! moi ? Et je sais de pleine assurance que Jésus est le Messie ! Je n’avais pas manqué de le lui dire. Et peu avant son arrestation n’ai-je pas affirmé que je le suivrais jusque dans la mort ? Et je ne l’ai suivi que pour le renier ! »

Et Pierre se frappe le front de ses deux poings fermés, comme pour inculquer à sa cervelle d’avoir plus de volonté, et il secoue la tête comme si elle voulait exprimer qu’elle n’était pas coupable; alors il se frappe la poitrine comme pour inculper son cœur qui continue de battre d’un rythme bien égal.

Pierre lutte contre ses souvenirs lancinants : « Qu’aurais-je pu faire ? Et puis, comment revenir en arrière — à ce moment d’avant la fuite, d’avant la peur qui serre les tripes et qui vous rend si lâche ? Tandis que je me sentais et si fort et si ferme en sa présence jusqu’à tirer l’épée, malgré les soldats et la foule. Et je n’ai même pas pu l’accompagner, ne serait-ce que pour porter sa croix !

Et pourtant ! Ne venait-il pas de me dire quelque chose qui aurait dû m’arrêter net, me faire réfléchir et prier et me taire ? Car pas moyen de sortir de l’emprise de Jésus : Lui qui vous enserrait de sa Parole, comme mes filets le poisson? Cette Parole qui vous sautait en plein cœur, et à laquelle il ne fallait répondre qu’après avoir, soigneusement, retourné sa langue soixante-dix fois sept fois, le temps d’en faire son miel.

Pierre se voit à côté de Jésus lorsqu’il l’avait appelé: – Simon !

« Oh! que je n’appréciais guère cette manière de m’assener ainsi, brutalement, mon vieux nom sur la tête. C’était comme si je retrouvais soudainement mon ancien moi, celui auquel j’avais cru renoncer en suivant Jésus. Et pourtant, comme il avait raison ! Car, c’était bien ce moi qui, brusquement, avait refait surface. Ainsi donc ce « Simon! » avait valeur d’avertissement.

– Simon! Simon! Ecoute: Satan a demandé de pouvoir vous secouer comme on secoue le grain pour le séparer de la paille. C’était le second avertissement. Mais comment procéder? Comment plonger soi-même au tréfonds de soi-même pour permettre à Dieu de venir habiter en nous par son Esprit ? Bien sûr, une fois l’événement passé, cela semble facile de comprendre les avis reçus, et souvent nous nous étonnons de leur évidence en déplorant notre manque de clairvoyance. Toutefois comment être assez circonspect pour donner leur véritable forme aux prophéties, avant qu’elles ne la prennent d’elles-mêmes ?

Et voici le troisième avertissement: – Mais j’ai prié pour toi, afin que la foi ne vienne pas à te manquer. Et quand tu seras revenu à moi, fortifie tes frères.

Seigneur, ma foi où était-elle, lorsque l’on t’a cloué au bois ?»

En Pierre, un travail aussi sévère que bienfaisant s’effectue. Il comprend qu’il a été à la fois trop impulsif et trop sûr de lui. Il convient qu’il n’a cessé de courir droit devant lui, à la suite de Jésus, bien sûr, mais subtilement sans s’être vraiment retourné vers son Maître.

Il constate peu à peu, que le Seigneur utilise son épreuve comme un crible pour tamiser son orgueil, et que sa conversion, ce retour au Christ, ne pourra se produire qu’à l’instant précis où son orgueil changera de camp, passant de lui-même à Christ, car comme nous le dit l’Ecriture: Si quelqu’un veut se vanter qu’il se vante plutôt d’être capable de me connaître et de savoir que moi, le Seigneur, j’agis avec bonté, justice et loyauté sur la terre. (Jér.9.23)

Sa mémoire lui rappelle soudain les différentes scènes d’une parabole, que Jésus leur avait racontée: celle des deux fils, dont il a été dit que l’un était prodigue, ce qui nous laisse à penser que l’autre était avare. Il l’examine à la lumière de ce que Jésus lui a dit: Et quand tu seras revenu à moi …

Alors il saute sur ses pieds en s’écriant : « Alléluia ! Oui c’est ça ! Alléluia ! »

Les quelques disciples qui méditaient dans le silence, sursautent et le dévisagent. Pierre, en s’excusant, leur fait part de sa découverte. Il reprend les avertissements de Jésus et notamment cet inexplicable: … quand tu seras revenu à moi, qu’il venait de confronter à la parabole des deux fils.

«Voyez-vous, au fur et à mesure que les différentes scènes passaient devant les yeux de ma mémoire, je me suis reconnu, à ma stupéfaction, dans l’un et l’autre fils. Alors qu’auparavant je m’étais vainement demandé à qui cette histoire pouvait bien s’appliquer. Aujourd’hui j’ai compris – mais pourquoi ne l’ai-je pas fait plus tôt ?- que le fils perdu avant d’être retrouvé: est revenu …
car, nous dit le père, dans sa très grande compassion, mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l’ai retrouvé.

Par conséquent, s’il a pu revenir c’est qu’il est enfin rentré en lui-même, ayant abandonné sa vaine manière de penser et, par suite, de vivre. J’en conclus que pour moi, si je veux être converti, je dois faire de même. Et j’y suis décidé.

Quant à l’autre fils, parce qu’il était sur place et qu’il servait son père, il suivait, mais par habitude, sans être revenu – quel étrange paradoxe ! car il était resté enfermé sur lui-même, le regard sur son nez et non sur la bouche du père, aveugle à son amour, crispé sur son travail, rendu incapable par son égoïsme de participer, joyeusement, librement, à l’amour du père.

C’est pourquoi il s’était refusé à lui en demander ne serait-ce qu’une miette, pour n’avoir pas besoin de la lui rendre, en la distribuant, librement, joyeusement, à ceux qui sont ses proches.

Les 2 fils avaient donc agi, l’un et l’autre, de telle manière que si l’un avait tout dilapidé dans son égoïsme, l’autre refusait tout, par le même égoïsme, ce qui revient aussi à tout dilapider. Or celui qui était perdu est revenu, ce que n’a pas su faire celui qui s’était contenté de suivre son père sans vraiment contribuer : mais son père tient sa porte ouverte !

C’est bien ce que Jésus a voulu m’expliquer, et maintenant j’ai enfin compris qu’il nous faut revenir tout en suivant, puisque c’est seulement dès cet instant qu’ – une joyeuse fête commença. »

De même pouvait-elle commencer avec les disciples.(et nous aussi…)

 

Télécharger le texte en PDF

 

Contact