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260419-Lc24-Cléopas
prédication donnée à Loriol
Cléopas ne trouve pas le sommeil, les yeux vagues et rougis, il regarde au loin, comme dans le vide. Il se souvient. Il ne peut pas oublier; cela :
Le silence, pesant, sur le Mont des Oliviers. Puis le cliquetis des armes, et la police du Temple. Ils sont venus le chercher, lui, Jésus. Il se voit, avec les autres, s’éloigner discrètement.
Cléopas se souvient, le matin, dans les rues de la ville, bondées à cause de la grande fête, bruyantes de tous les marchands et des acheteurs; puis soudain, ce blocage à cause du passage de la garde romaine qui avance d’un pas ferme, suivie d’autres gardes et de 3 hommes, ensanglantés de coups de fouets, le dos écrasé par le poids d’une grosse poutre.
Cléopas reconnaît l’un d’eux : c’est Jésus ! alors il comprend : Ils vont l’exécuter. Ils le traînent hors les murs et ils vont le crucifier. Il entend encore les cris de haine et les lamentations qui s’élèvent pêle-mêle la foule, puis les palabres et et brouhaha qui reprend comme si de rien n’était.
Tétanisé, éperdu, Cléopas n’est pas allé vers le Golgotha. Il sait. Il sait que tout est fini, là-bas. Et que les corps des 3 suppliciés ont été décrochés avant la nuit de la fête. Et cette nuit-là, le repas avec quelques amis avait un tout autre goût; un tout autre aspect. Jamais plus la fête du Seder n’aura la même joie de la délivrance. Son maïtre, son idéal, Jésus, est mort. Tout est fini.
Au premier jour de la nouvelle semaine, après le grand sabbat, la longue cohorte des pèlerins se remet en route vers la campagne. Cléopas aussi s’est mis en route, malgré la fatigue. Il est parti tard, après que la grand foule soit passée. Cléopas chemine seul avec un autre pèlerin, quand… un inconnu les rejoint.
« De quoi discutez-vous ? les appelle-t-il. Vous portez la mort sur le visage. Après ces fêtes, vous devriez revivre ! »
Comment peux-tu parler ainsi après tout ce qui s’est passé ? lui rétorque Cléopas scandalisé. N’as-tu donc rien vu, rien entendu ? » « Et quoi donc ? »
Cléopas n’en revient pas : N’as-tu rien su des exécutions qui ont eu lieu ? N’as-tu pas entendu parler de Jésus ? C’était un homme de Dieu, un vrai prophète. Quand il parlait de paix aux hommes, c’était comme si elle venait. Quand il te tendait la main, c’était comme si tu revivais. Eh bien, nos chefs l’ont arrêté, ils l’ont condamné, crucifié. Il est mort et enseveli. N’est-ce pas assez ? »
L’inconnu se tait. Visiblement, les paroles du jeune homme le touchent. Il ose reprendre la parole et essaie de leur expliquer : « Dans la longue histoire de notre peuple, il en a souvent été comme ça. C’est peut-être difficile à comprendre quand on est jeune, mais chaque fois que nous avons marché dans la vallée de l’ombre et de la mort, c’est alors que Dieu s’est montré vraiment fort. Avec Jésus, c’est pareil. »
Longtemps, l’inconnu leur parle. Cléopas et son compagnon écoutent attentivement. Ils ne savent pas pourquoi ses paroles apaisent leur amertume. C’est un peu comme s’ils se retrouvaient sur les bords du grand lac et écoutaient les paroles de Jésus.
Ils ont pourtant avancé, plus lentement que prévu. Et la nuit va tomber. Il faut s’arrêter dans une auberge et prendre de la nourriture et du repos. L’inconnu, lui, est pressé de continuer son chemin. « Reste avec nous, demande Cléopas, le jour est à son déclin et il va faire nuit.»
Les trois hommes entrent et prennent place dans l’hôtellerie. La table est garnie. Un linge blanc recouvre le pain de Pâque. Cléopas a soudain l’impression d’être l’invité de l’inconnu qui a cheminé avec lui, car il prend le pain, comme le fait un père de famille au soir de Pâque.
Il prononce la bénédiction.
Il rompt le pain sans levain, et le leur donne.
L’instant d’un éclair, leur esprit se trouble. Ce geste, ils l’ont fait, ils l’ont vu faire tant de fois, en attendant le jour de la venue du royaume de Dieu. L’instant d’un éclair, derrière le visage de l’inconnu, Cléopas reconnaît les traits de Jésus.
« Est-ce toi ? Est-ce bien toi ? » veulent-ils dire. Mais au moment de mettre la main sur lui, il s’évanouit, il leur échappe, comme s’il les appelait à le suivre. Les deux hommes se lèvent. « Je ne comprends pas, dit Cléopas, c’était donc lui qui nous parlait pendant que nous marchions ! C’était donc lui qui a partagé le pain avec nous ! Alors…Alors… »
Cléopas n’ose pas prononcer les mots qui lui brûlent les lèvres. « Tout le temps que nous marchions avec lui, j’avais en moi comme un feu qui me réchauffait le coeur. Il est vivant ! » « Viens ! lui dit son compagnon, il faut nous remettre en route et aller à la rencontre des autres.” Ils font demi-tour, ils se convertissent.
Arrivés au lieu de RDV, ils racontent. Cléopas et son compère, ont encore le coeur brûlant, ils ont des souvenirs qui remontent au sujet des paroles de Jésus; mais ça ne suffit pas. Ils restent encore avec leurs catéchisme initial. Ce n’est qu’au moment de la fraction du pain qu’ils le reconnaissent – ils insistent là-dessus. Ils sont tous à chercher un Jésus puissant, capable de changer leur monde, leur vision du monde; et ça n’a pas marché. Pour Cléopas et son ami, ce n’est que par le repas, le pain rompu, qu’ils ont trouvé un Jésus vivant, qui ne peut être retenu par l’humain.
Et la venue de Jésus au milieu, n’est pas un reproche, mais : Shalom alechem ! Et il reprend à zéro l’explication du parcours du Messie.
Ils ont à comprendre quel est le véritable moment du triomphe de Jésus : sa venue au milieu des humains, avec amour complet, acceptant de souffrir, mourir, et se relever le 3e jour – pour relever les humains à leur tour. Voilà le coeur de l’identité de Jésus; et nous n’avons pas à oublier cela, même dans notre louange du Ressuscité, car c’est se tromper de Jésus. Que son Souffle nous ouvre à celui qui sert pour donner la vie !
D’après Texte d’Edmond Stussi