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260329-Jn12v12à19-Roi de gloire, lequel?
prédication donnée à Loriol
Quant nous évoquons ce dimanche des Rameaux, on se dit, encore ! l’histoire de l’ânon et les foules qui chantent ! on connaît l’histoire ! que dire d’autre ?
Alors, prenez l’Ev. selon Jn. Car nous ne lisons pas souvent l’histoire de l’entrée de Jésus à Jérusalem dans cet Ev. Il omet tellement de choses que l’on est un peu dérouté. D’ailleurs, si vous mettez les 4 textes d’Ev. côte à côte, vous verrez que Jn a environ 20 % de mots en moins que Mt et Mc, et 45% de moins que Lc.
Car chez Jn, tout est différent : C’est la foule qui est la première à réagir et qui se met à chanter l’arrivée du roi v12, et qui coupe des branches de palmiers. Ensuite seulement, c’est Jésus qui trouve un ânon, et s’assied dessus, comme l’annonce le prophète au sujet de ce roi v14. Il n’y a que 4 petits versets pour ce défilé des Rameaux. Et le 5e vient tout mettre par terre : Ses disciples ne comprirent pas cela.
Eh oui, Jn n’est pas tendre avec les disciples de Jésus : ils ne comprennent pas ce qui se passe, quand l’événement arrive. Et c’est peut-être aussi notre cas, lorsque nous ne lisons l’histoire de l’entrée de Jésus qu’avec les autres Ev. Nous devons nous laisser questionner par cette affirmation de Jn : comment les disciples de Jésus peuvent ne pas comprendre cette entrée à Jérusalem et tous les symboles prophétiques qui sont associés à ce moment ? Les cris de la foule qui reprennent le Ps “Hosanna – béni celui qui vient au nom du Seigneur”, ça leur dit quelque chose, mais pas ce qu’il faut entendre. De même, Jésus sur un ânon comme roi humble, ça leur parle, mais pas comme ils auraient dû le comprendre. Voilà ce que nous écrit Jn au v15.
Qu’ont-ils donc compris, les disciples, d’après Jn, mais qui n’était pas ce qu’il fallait comprendre, et donc, que faudrait-il comprendre de cette entrée de Jésus à Jérusalem ?
Cette question nous est posée, et elle est éclairée par la lettre aux Hébreux; nous devrions avoir compris certains enseignements, mais nous sommes comme des enfants en difficulté scolaire, qui n’arrivent pas à progresser : nous n’arrivons pas à intégrer certains changements spirituels et préférons le yaourt au bifteck.
Et aussi Paul, en s’adressant aux judéo-chrétiens dans l’église, il leur dit: vous êtes nés avec la bible comme biberon, vous êtes juifs de naissance et de pratique, mais le vrai juif ne l’est pas de cette manière-là. Le vrai Juif, c’est celui qui l’est intérieurement, dont le cœur a été changé; Et cela, l’Esprit seul, et non la Loi écrite, peut l’accomplir.
Ces textes nous bousculent, nous dérangent, parce que Jean parle des disciples, de nous aussi, n’est-ce pas ! et que Hébx comme Paul, s’adressent aux chrétiens, aux soeurs et frères qui sont installés dans leurs compétences, leur spiritualité, mais qui n’évoluent plus. Ce ne sont pas les novices dans la foi, mais les maîtres, les anciens, les pasteurs, qui sont interrogés dans leur progression spirituelle, dans leur mise en oeuvre de l’Evangile. C’est pourquoi prendre le temps d’entrer à Jérusalem avec Jésus, est un appel à l’humilité : tout comme les disciples, nous allons encore découvrir des choses nouvelles, progresser dans la foi, interroger nos acquis et nos dogmes, par l’Esprit qui vient éclairer le texte biblique.
Jn affirme que les disciples ont compris ce qu’ils ont fait ce jour-là, lorsque Jésus a été glorifié. J’espère que vous en savez plus que ceux à qui les Hébx s’adressent, et que vous savez que la gloire de Jésus, chez Jn, c’est la croix : lorsque Jésus a été élevé sur la croix, c’est ainsi sa puissance et son identité qui sont pleinement révélées, sous une forme contraire à nos mentalités humaines. Et celui qui croit cela, voit. Les disciples, lorsqu’ils ont cru que la croix est la gloire de Dieu manifestée en Jésus, ont alors revisité les derniers jours avec Jésus, ils ont vu et compris ce qui s’était passé lors de son entrée à Jérusalem.
Si c’est sur la croix que Jésus est glorieux, alors ce n’est pas dans cette acclamation humaine, dans cette entrée triomphale à la mode ancienne. Les disciples ont compris -après coup- que cette entrée sous les acclamations des foules, a été une tentation puissante et dangereuse, parce qu’elle est vécue dans la joie de la fête qui s’approche, la Pâque libératrice de l’esclavage. Jésus aurait pu céder aux louanges dithyrambiques des foules qui l’ont vu ressusciter Lazare v17, et lancer la révolution tranquille et sans effusion de sang depuis son ânon. Même les pharisiens s’y sont mis, en lâchant amèrement: vous n’y pouvez rien : le monde s’en est allé à sa suite ! v19 Et là encore, c’est par le crucifié que cette phrase prend tout son sens, d’une tentation ultime de soumettre le monde en acceptant l’autorité du diable.
Ainsi la crucifixion de Jésus apporte la relecture nécessaire des événements précédents. Celui qui croit la gloire de Jésus sur la croix, comprend autrement les épisodes de son existence, y compris ce qui a été écrit à son sujet v16. Les disciples ont compris qu’ils ont fait cela pour Jésus – en chantant avec les foules, ils ont contribué à la tentation, alors même qu’ils pensaient glorifier leur maître, comme les prophéties le disent selon la lecture des prêtres. Mais sa gloire s’est réalisée ailleurs, sur la croix — malédiction totale selon la Torah. Jésus est élevé dans sa gloire sur la croix, croire cela, ça change tout. Ce renversement de sens bouleverse les valeurs habituelles, comme l’écrit Paul : est juif celui qui a circoncis son coeur, non pas celui qui applique la Torah. Ça ne lui a pas valu que de amis ! Et s’il est vrai que le monde est parti à la suite de Jésus, c’est le monde de ceux qui sont attirés vers celui qui est élevé, celui qui est crucifié et qui nous rencontre toujours avec les marques de sa glorification.
La bonne nouvelle de ce v16, c’est que la gloire de Jésus fait changer les perspectives, les regards, les compréhensions, aussi bien des Ecritures saintes que des actions humaines, pour tous ceux qui croient que Jésus est glorifié par la croix.
Soyez bénis par celui qui est mort et ressuscité pour tous !