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260308-Jn4v5à42-source de vie
prédication donnée à Loriol
Jésus n’est pas un bon juif, sinon il ne se serait pas arrêté près de ce puits, en pleine terre ennemie, aussi bien humaine que spirituelle — c’est la guerre entre eux, comme aujourd’hui – malgré des enjeux différents.
Jésus n’est pas un bon juif, sinon il n’aurait pas adressé la parole à une femme, qui plus est, visiblement, une femme en marge de la vie de son village.
Jésus n’est pas un bon juif, car il ne s’occupe pas des frontières érigées par les prêtres et dirigeants masculins au fil du temps. Il choisit son chemin selon d’autres critères que ceux de la réussite économique, sociale et… politique. Il franchit les interdits explicites et implicites de sa religion, de la société de son temps, à l’égard des femmes, des étrangers, des enfants.
La manière dont Jésus a décidé de vivre ce qu’il a compris de l’amour et de la justice de Dieu, lui permet de franchir des murs derrière lesquels nous nous protégeons, et de sauter des abîmes qui nous terrifient. Bien sûr, l’Ev selon Jn nous dit qu’il est la parole même de Dieu incarnée, et qu’il est cette lumière venue éclairer les humains dans leurs ténèbres ; mais les ténèbres ont refusé la lumière, Jésus n’est pas un bon juif. Or la lumière dont Jésus est porteur, peut rencontrer des personnes en attente de lumière, des personnes disqualifiées par les ténèbres elles-mêmes, considérées comme plus ténébreuses encore que la nuit.
Et cette femme en fait partie : elle se trouve seule au puits à midi, lorsque la pleine chaleur approche, au moment où l’eau puisée le matin est utilisée pour le repas. Elle n’a pas accès au réseau d’eau du village en même temps que les autres, car elle est pointée du doigt, les femmes et les hommes parlent d’elle en des termes peu amènes.
Ce midi-là, Jésus est pour quelques minutes, abandonné par les disciples au bord du puits. Il est fatigué, il a soif. Il est fragile, comme cette femme, et sa position lui permet d’entrer en dialogue. C’est la femme qui évoque les diverses frontières que Jésus n’a pas respectées, elle se permet d’interpeller ce mauvais Juif, parce qu’il ne vient pas avec sa doctrine pour écraser, mais parce qu’il a soif. La femme tient en main, avec sa cruche qu’elle fait remonter du puits, une occasion de refuser l’entrée en matière, ou au contraire, de partager l’eau et donc échanger avec cet homme étrange.
La soif de Jésus, nous pouvons donc la comprendre à 2 niveaux, la soif physique, nécessaire pour reprendre la marche ; et la soif spirituelle, celle que l’Esprit fait jaillir en source vive intérieure. L’une et l’autre soif ont besoin que la femme réponde librement, sans contrainte, même si Jésus va l’y aider un peu, sur la fin, pour manifester sa messianité. Mais seulement après avoir bien clarifié, nettoyé le terrain en répondant aux questions de la femme. Jésus a eu sa ration d’eau, au point d’en être nourri au-delà de ce que les disciples vont comprendre.
Et la femme aussi est rassasiée. L’eau du puits, elle la laisse sur place. Car la source d’eau vive l’anime à plein. Jésus lui a redonné confiance en elle, comme elle ne l’avait pas été depuis très longtemps. La source jaillissante de vie et de joie la fait courir dans la ville, et crier à ses détracteurs et moralisateurs : Venez voir ! l’homme qui connaît toute ma vie et qui, pourtant, me traite comme une personne! Qui peut faire ça sinon le Messie ?
Et le puits de Jacob, au lieu de réunir la petite troupe de juifs peu orthodoxes autour de Jésus pour partager un repas sous les arbres, a réuni des dizaines de gens, assoiffés et curieux, et qui vont à leur tour découvrir en eux la source d’eau vive.
Tout s’est déclenché par la fatigue de Jésus, et non par l’éclat de sa puissance. La vie de la femme, venue au puits de Jacob-le-trompeur, a été bouleversée par un Jésus affaibli ce jour-là. Elle aurait pu tout garder pour elle, ramener cette expérience chez elle et s’en délecter toute seule. Mais au lieu de cela, elle a pris un risque : elle est retournée en ville, en courant, et a proclamé aux fenêtres et portes : Venez voir celui qui connaît toutes mes faiblesses, et qui a pourtant dit que j’ai de la valeur, que j’étais digne d’amour, et je suis délivrée.
C’était suffisamment étrange pour que les gens lâchent leur fourchette et se déplacent vers le puits. Les moqueurs et les dubitatifs, hommes et femmes, ont voulu compléter les ragots à propos de cette femme. Mais la réunion autour du puits de Jacob-le-boiteux, avec le Messie Jésus, a changé la donne.
Frères et soeurs, cette rencontre nous enseigne beaucoup de choses. Je retiens ce matin, le fait que cette femme n’est plus la même après sa rencontre avec Jésus, au point qu’elle ose rendre témoignage. Elle parle de ce que les gens savent d’elle pour dire que c’est fini, quelque chose d’autre a commencé, et surtout quelqu’un d’autre qui est plus qu’un homme habituel, lui a redonné une place dans la vie religieuse et sociale.
Et ce qu’elle dit, provoque un petit remue-ménage : des gens se déplacent, des gens veulent voir, des gens veulent vérifier ses dires. Il me semble que nous avons là, un point central de la vie d’une communauté. Pouvons-nous nous souvenir de ces 2 ou 3 personnes qui nous ont parlé de l’amour de Dieu, des paroles de Jésus, au point que nous venions à sa rencontre, et que nous avons fait confiance à Jésus, et que nous suivons son chemin encore ce jour ?
C’est un bon point, si nous pouvons faire ce retour. Mais à partir de ces souvenirs, nous avons un choix à faire : garder cette eau vive pour soi-même, l’enfermer dans nos murs, et nous la verrons stagner et perdre peu à peu sa légèreté. Ou bien, nous pouvons la disperser dans la ville, comme cette femme l’a fait, parce que cette eau vive jaillit d’une source intarissable qu’est l’Esprit de Dieu.
Lorsque nous décidons de suivre cette femme, alors que peut-il se produire?
D’abord la rencontre avec le Messie, c’est lui qui met en place la source vive dans nos existences. Ensuite, le courage et la liberté de parler de cette rencontre qui met de la lumière dans les ténèbres, une lumière qui permet à d’autres personnes de sortir de leur nuit, même si les ténèbres augmentent leur pression.
Partager sa foi n’est pas chose facile, ni toujours confortable. Mais c’est nécessaire. Il est nécessaire que les autres l’entendent, et il est nécessaire que vous le disiez. Et si vous êtes à sec, ça peut arriver – Jésus lui-même a été épuisé ! eh bien dites-le aussi dans la communauté, afin qu’ensemble nous nous approchions du Messie et que nous recevions à nouveau son eau vive.
Amen