- Accueil
- Articles
- 2026
- Prédications
- 260201-1cor2.1a5-JésusChrist crucifié
260201-1cor2.1a5-JésusChrist crucifié
Partage
prédication donnée à Loriol
C’est vous, le sel de la terre ! C’est vous la lumière du monde ! C’est clair, c’est direct, de la part de Jésus à ses disciples, à vous donc, qui êtes chrétiens… !
Puis il évoque le sel sans goût — ce n’est pas du sel ! et la lumière qui n’éclaire pas — ça n’a pas de sens, elle est inutile, une lumière placée sous un bocal noir. Et Jésus de terminer par l’évidence, au sujet des lampes au plafond, des lampadaires fixés en hauteur dans la rue…
C’est vous, le sel de la terre ! C’est vous la lumière du monde ! C’est là 2 bien belles images, mais pour apporter quel goût ? et pour diffuser une lumière de quelle origine ou de quelle qualité ? Quel est donc ce sel dont vous devez saler la terre par votre présence, parce que vous êtes ce sel ? ou quelle est cette lumière dont vous devez éclairer le monde par votre présence, parce que vous êtes lumière pour le monde ? Ça nous interroge sur nous-mêmes, sur notre vie, sur nos motivations ; puis sur notre relation à Dieu et au monde ensuite, sur nos prises de positions et nos paroles, et nos actes.
Une belle introspection, un regard en soi-même… Mais quel critère d’analyse allez-vous utiliser pour faire ce travail ? Il y a plein de méthodes de nos jours, pour retrouver son équilibre et une vie idéale ; des techniques douces individuelles jusqu’à l’autosuggestion en réseaux, et de plus en plus souvent, sous l’emprise du dieu qui s’infiltre partout, dieu IA.
En tant que chrétien, la principale ressource à utiliser est quelque chose de difficile à mettre en oeuvre. C’est d’oser prendre sa bible, puis de l’ouvrir, et enfin d’y lire ces passages où l’on voit des témoins parler de l’action de Dieu en eux. La plupart du temps, il y a une parole extérieure qui invite à une rencontre et une mise en route, et le texte nous dit alors ce qui se passe chez le récepteur : son accord, bien souvent, mais aussi ses résistances, son refus.
Ce matin, un de ces textes nous est proposé : le témoignage de Paul aux chrétiens de Corinthe. Il a trouvé en quoi il est le sel de la terre, quelle lumière il peut projeter dans le monde. Aux chrétiens de cette Eglise, Paul affirme ce qui est pour lui ce sel indispensable, au goût inaltérable et si particulier, qu’il ne peut pas laisser de côté, mais ose répandre constamment. C’est Jésus-Christ. Et en plus de relever la saveur de Jésus, il projette un faisceau intense de lumière sur une partie qu’il ne faut pas rater, la croix de Jésus.
Jésus-Christ crucifié : où donc est le sel dans la croix ? où donc est la lumière dans le crucifié ? Qu’est-ce que peut apporter Jésus-Christ crucifié sur le comportement, sur l’état d’âme ou l’épanouissement de chacun ?
Eh bien, que nous dit Paul, en plus de cette affirmation qu’il place au coeur de son message ? Au début, il rappelle qu’en arrivant chez les Corinthiens, il n’a pas usé d’un langage compliqué ni de connaissances impressionnantes, pour leur parler du salut que Dieu a révélé aux humains. Autrement dit, il n’a pas fait étalage de son savoir théologique par de brillantes démonstrations, qui les auraient séduits, manipulés ou contraints. Et il précise ensuite que sa prédication n’avait pas la qualité de la sagesse humaine, parce qu’il était dans un état de crainte et de faiblesse.
Et enfin, Paul en tire les conséquences, d’une part en osant dire que son manque d’éloquence a permis l’action manifeste et puissante de l’Esprit de Dieu, et d’autre part, que le résultat a dépassé son inquiétude, votre foi ne repose pas sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu.
Pour l’apôtre, l’enjeu de son ministère est que l’Eglise fonde sa foi en Dieu sur la puissance de Dieu, et non pas sur les artifices des discours persuasifs de l’intelligence humaine. Et la puissance de Dieu s’offre dans le total dénuement du crucifié, dans cet homme abandonné, mis à mort ; il est, lui, la seule source de la puissance de Dieu.
Un crucifié, puissance de Dieu ? même si l’on raconte sa résurrection que personne ne va prouver ? un peu juste pour la plupart des religions et autres athées ou philosophes, quand ce n’est pas l’opposition radicale. Et pourtant, c’est bien cette extrême faiblesse du Dieu crucifié qui permet à Paul d’oser en parler, même à Corinthe, ville de philosophes connus. Paul concentre tout son Evangile sur Jésus-Christ crucifié, il en fait le sel de ses paroles, il focalise son éclairage sur le crucifié pour décrire la passion de Dieu pour les humains. Il n’a pas de qualités oratoires particulières, il doit composer avec une faiblesse rédhibitoire qui lui donne le trac au moment de parler. Il ne paie pas de mine – comme son Maître sur la croix.
Mais ce Maître change quelque chose en lui, parce le Souffle de Dieu, l’Esprit est sorti du Crucifié jusqu’à lui. C’est comme le sel, un grain qui meurt en se dissolvant dans l’aliment tout en lui donnant une saveur nouvelle. Le sel n’est plus la persuasion des belles paroles bien amenées, qui vont conduire les gens à aduler l’orateur. Le sel est la puissance de l’Esprit qui change le goût de l’existence chez la personne qui reçoit le grain ; l’Esprit établit un lien avec le crucifié ressuscité, ouvrant une saveur nouvelle dans la vie et la découverte de Dieu. Un Dieu qui n’écrase pas, mais rejoint l’humain dans ses faiblesses, et là, le relève, juste ce qu’il faut pour partager la lumière qui se fait dans sa vie.
Et dès lors, il ne peut pas garder cette lumière cachée – elle finirait par s’éteindre. Même s’il n’est pas expert en langage des hommes, il doit laisser paraître cette lumière, montrer le crucifié comme l’étoile sur le chemin de la vie. Ce n’est pas sous une cloche protectrice qu’elle doit briller, dans un temple bien fermé, mais dehors, dans le monde où les ténèbres imposent leur pouvoir. Les ténèbres vont se moquer, ricaner et parfois agresser le porteur de lumière et de sel ; parce que justement, il est transformé par la saveur nouvelle qui se répand en lui, il est éclairé d’une nouvelle lumière dont la source est JC Crucifié.
Malgré sa timidité, Paul a gardé Jésus au centre de son message, semant le sel, éclairant de sa petite lumière sans éclat. Il n’a pas caché celui qui oriente sa vie.
C’est vous, le sel de la terre ! C’est vous la lumière du monde ! Amen