251019-Lc18v1-8-prier comme une veuve

prédication donnée à Loriol

2 Tim 3.14-4.2           Luc 18v 1 à 8

Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?
Une question qui m’a interpellé depuis toujours. La foi pourra-t-elle disparaître un jour ? Bien sûr, avec Paul qui dit “3 choses restent, la foi l’espérance et l’amour, et l’amour est le plus grand”, nous disons que le jour de la venue de Jésus dans la gloire de Dieu, la foi et l’espérance seront assouvies. Mais d’ici là, que deviendra la foi, où peut-elle se trouver ?

Et la parabole de Jésus est sensée encourager la prière avec foi. Est-ce bien ainsi que nous l’entendons, nous qui la lisons ? En tout cas, l’interprétation que Jésus en donne, en voulant montrer l’amour persistant de Dieu qui répond aux attentes qui lui sont adressées, peut nous laisser perplexe : Je vous le dis, Dieu fera justice bien vite à ceux qui crient vers lui.

Les disciples ont besoin d’être encouragés, écrit Luc. La réalité des intentions de Jésus commence à se faire une place dans leurs pensées et leurs tripes. Il a vraiment l’intention d’aller à la mort, comme il le dit presque ouvertement : souffrir beaucoup et être rejeté (9.22+17.25).

Les disciples qui marchent avec Jésus se trouvent dépourvus, découragés. Ils déchantent peu à peu, car Jésus ne cadre pas avec ce qu’ils espèrent : sur la route de Jérusalem, malgré les miracles puissants qui se font ici ou là, Jésus ne s’y rend pas en héros conquérant et musclé, faisant place nette et sanglante autour de lui. Il monte là-bas pour mourir ! ça n’a pas de sens, c’est même un contre-temps. Ils prennent leur distance et vont fuir, trahir, renier, et se cacheront longtemps…,

Les premiers chrétiens de l’église pour lesquels Luc écrit, ont cru que Jésus ressuscité allait inaugurer le Règne de Dieu, sans trop tarder, et ferait reconnaître sa gloire et sa puissance à tous les humains. Mais rien ne vient, ni le Seigneur, ni les temps nouveaux. Ils le supplient, mais ne bouge ! Pourquoi donc les laisse-t-il attendre ainsi ? Dieu serait-il sourd à leurs appels ?

Notre situation est en bien des points semblables à la leur : notre Eglise est fragile et minoritaire dans un monde méfiant et hostile; notre pays n’a plus de référence au Christ sinon pour le mépriser. A nouveau la société se délite, l’injustice de ceux qui ont un pouvoir devient la norme, en politique, en finance, au volant comme dans les réseaux. Le pire semble s’approcher de nous, alors même que nos Eglises voient les membres vieillir, et ne se renouvellent pas. N’avons-nous pas aussi, tendance à nous décourager parfois ? Comment tenir ferme et garder le cap, quand le vent est contraire, et que tout est plus simple en nous laissant porter par le courant, et pousser par les vents promettant bonheur et richesse ailleurs qu’ici?

Chacun peut développer et décorer ce tableau à sa manière – n’hésitez pas à le faire…

Mais juste une question: où mettez-vous Dieu dans cette description ? Il est absent, la plupart du temps. Or, en évacuant Dieu de tout cela, de ce monde qu’il a créé et aimé, nous faisons comme le juge de la parabole. Nous devenons même ce juge-là. Nous ne faisons plus référence à Dieu dans notre vie, nous ne le respectons plus, nous gérons nos affaires selon nos principes, nos besoins ; et le corollaire est notre manque de d’investissement pour nos semblables, c’est-à-dire, nous tendons la main (un peu d’entraide et une visite), ou le poing (paroles vindicatives et actes injustes), selon notre intérêt ponctuel. Mais Dieu n’entre pas en compte, à l’image du juge qui, jusque dans sa décision ultime, décide de faire justice pour éviter un oeil au beurre noir – terme grec – un problème physique, un coup mal placé ou une insomnie récurrente. Dieu serait-il ainsi, demande Jésus, ou vraiment autre ?

Se peut-il que nous ayons aussi un peu de la veuve en nous? Il y en a quelques unes parmi nous. Pourriez-vous dire en quoi ce texte résonne chez vous ? Une veuve, c’est une personne dont la vie s’est arrêtée avec celle du mari (et réciproquement, souvent)… Dans la plupart des sociétés autour de nous, la veuve est moins qu’une femme, qui déjà n’a de loin pas une place comme l’homme. Si elle parle, ce qu’elle dit est comme le bruit agaçant d’une mouche – on l’ignore, et toute injustice et manipulation peuvent se pratiquer à son égard (cf Portes Ouvertes et tém. en Afr subsaharienne).

Ce qui fait la particularité de cette veuve, c’est de ne pas se décourager devant le fonctionnement de la société en cours, car elle réclame l’application de la justice. Elle croit en la justice, elle veut être justifiée, réparée, redressée. Elle conteste et proteste et insiste, jour et nuit, H-24. Elle ne se contente pas d’une promesse, mais exige la mise en oeuvre de ce dont elle a besoin. Elle persévère, à contre-courant, face aux vents du laisser-tout-faire. Sa capacité de révolte et de tenir à son droit, voilà l’exemple de la foi.

Et Jésus présente ces 2 personnages sensés parler de la prière persévérante; puis il pose 2 questions, comme Seigneur : la 1e, faisant référence au juge, Dieu ne prendra-t-il pas la défense des élus criant H-24? N’est-il pas patient pour eux ? La 2nde, évoquant la veuve, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Qu’allons-nous laisser paraître ce jour, et chaque jour, de la prière ? le juge imperméable qui ne veut pas montrer ses bleus, c’est-à-dire notre Dieu serait ainsi complice du mal et du malheur, c’est pourquoi on n’en parle pas, ne le prie pas, et on rejoint le monde ? ou bien la veuve éperdue qui tient le cap de sa révolte contre l’injustice, c’est-à-dire elle montre comment avoir accès auprès du Père qui est fidèle et entend notre cri ? Ecoutons l’appel de Jésus : Allons-nous continuer à plier l’échine, à nous taire, et finalement quitter l’église, parce que le juge est moqueur, menaçant, manipulateur ?

Si nous nous taisons, les pierres crieront, dit Jésus tristement aux juges pharisiens lui ordonnant de faire taire ses disciples. C’est le même enjeu : persévérer dans la prière comme la veuve, garder la confiance en Dieu sans le cacher aux proches. Nous avons un avantage, le Fils de l’homme, Jésus, a ouvert ce chemin par la croix, pour laisser couler l’amour de Dieu en nous et dans le monde.

 

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