251012-Lc17v11-19-libération

prédication donnée à Livron

Luc 17, 11 à 19

Qu’y a-t-il de nouveau dans cette histoire, qui nous aide à entendre l’Evangile, la bonne nouvelle de Dieu en Jésus ? Est-ce la guérison des 10 ? ou le retour d’un seul ? mais que se passe-t-il en fait, dans ce dialogue respectant la distance de sécurité, puis racontant les conséquences de la guérison ? Un regard sur le texte en 2 actes.

1° Jésus se trouve au milieu de nulle part, s’approche d’un village inconnu, et il est intercepté à bonne distance par dix lépreux qui l’appellent au secours, en le nommant ; Jésus réplique en les envoyant se montrer aux prêtres qui seuls peuvent donner le certificat de réintégration dans la vie sociale. Et les lépreux s’en vont. Fin du 1er acte.

Il y a plusieurs choses étranges dans cet acte Un. D’abord, Jésus marche en solitaire, entre 2 départements -Samarie et Galilée – à travers et au milieu de cette zone frontière qui sépare la Galilée des impurs et la Samarie des pervertis : qu’y a-t-il de bon en Galilée (Jn1) et ne parlons pas des Samaritains qui pervertissent la Torah. Jésus a pris ce chemin improbable, détourné, au-delà des marges, anormal – un chemin inexistant le menant à Jérusalem. Un chemin qui le rend proche de ceux qui sont exclus, mis de côté, ostracisés, considérés comme hors normes – dont les lépreux : ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, la maladie peut avoir rongé leurs membres – qui peut savoir si c’était un bon croyant, un riche, un pauvre, un étranger ? la maladie a fait sauter les barrières politiques, religieuses, et d’identité. Nous avons là, une première indication de ce parcours de Jésus jusqu’à la croix ; prendre le chemin qui rejoint les pestiférés, jusqu’à porter ce rejet, hors de la ville, sur ce bois objet de malédiction absolue. Jésus s’y lance, résolument.

Ces 10 lépreux sont prisonniers de la lèpre et appliquent les règles sociales, imposées par la lèpre, puisqu’ils gardent la distance, et par leurs cris, signalent leur présence (Lv 13,45-46). Ils aspirent à la guérison, à un retour à la vie normale, avec leurs familles et les autres, la vie d’avant dont on rêve… Jésus est pour eux une solution, un guérisseur en médecine parallèle. Nous avons là une autre indication, quant à la manière d’approcher Jésus; nous pouvons être isolés par la maladie ou la pauvreté, étiquetés par le racisme ou l’identité de genre, mis en quarantaine par des facteurs politiques et religieux. Un appel à la compassion de Jésus est suffisant pour qu’il voie et réponde. Parce que son chemin trace au milieu de ces zones blanches (ou noires…).

Enfin, la réaction de Jésus est surprenante, un regard et un ordre : Allez vous montrer aux prêtres (14). Pas de main imposée, pas d’émotion. Le groupe n’a pas brisé les règles de la lèpre, et Jésus respecte leur choix. Il y aura guérison, mais sur le chemin des règles de leurs normes (Lv 14,1-32). Cela nous dit que Jésus peut répondre à des attentes émises par des personnes qui sont empêchées de vivre en société, et qui veulent y retourner comme avant. Elles acceptent donc facilement de se mettre en route vers le centre médical et religieux : le guérisseur suit leur règle, elle est appliquée, afin que la guérison se réalise. Est-ce de la foi ? la fin de l’histoire répond non. Cela laisse Jésus comme cloué sur place. Les regarde-t-il partir ? à quoi pense-t-il ?

2° Le 2nd Acte développe le contraste : les 10 lépreux marchent vers le presbytère du village, et leur rêve devient réel – la lèpre s’en va, magique, leur peau est toute neuve. Mais ce bonheur est trompeur, car cette purification réaffirme le racisme entre eux, puisque l’un ne vient pas de Galilée, mais de Samarie. Et ce mec-là, en plus, crie sa joie autrement que les autres ! Et il casse la règle de la lèpre, car il ne se rue vers la maison médicale pour obtenir son laisser-passer : il fait demi-tour. Il revient en arrière, vers Jésus, avec d’autres paroles qu’il clame haut et fort ; non plus qu’il est lépreux, mais la gloire de Dieu. De plus, cet ex-lépreux s’approche de Jésus et se prosterne devant lui, et lui adresse une eucharistie – une action de grâce.

Jésus est toujours au milieu de nulle part, prêt à rencontrer l’humain dans son besoin le plus intense qui soit, y compris celui se libère de la lèpre et de ses règles d’exclusion. Le Samaritain glorifie Dieu et s’agenouille devant le Juif Jésus. Il témoigne ainsi combien Dieu et Jésus sont proches. Jésus est bien plus que le prêtre-médecin réintégrateur, il est puissance de vie qui bouleverse profondément et change les règles de vie. Il est libéré des discours pervers qui l’excluaient, il peut rejoindre Jésus dans le cet espace vide, d’où une vie peut naître. Une source d’eau vive a jaillit de son être comme le dira Jésus à une femme de Samarie (Jn4.14).

Alors Jésus s’étonne de l’absence des autres, des 9 juifs, il interroge avec tristesse : aucun des neufs hommes purifiés, n’est revenu rendre gloire à Dieu ? Il n’y a que l’étranger à le faire ?

Aujourd’hui l’histoire nous conduit là : Rendre gloire à Dieu est une chose; et revenir près de Jésus parce qu’il est à l’origine de la guérison en est la contrepartie. L’étranger de Samarie l’a compris, adorant Jésus en donnant gloire à Dieu. Il a mis un visage sur Dieu ! Jésus aurait bien voulu que les autres fassent de même : où sont-ils ? parvenus à la synagogue sur ordre de Jésus, purifiés, ils sont redevenus “comme avant“, ont repris la vie normale “comme tout le monde”, avec les règles de séparation qu’impose toute lèpre ; ils n’auront qu’un pieux souvenir de Jésus, abandonné dans ce milieu de nulle part que la Loi condamne.

Jésus a purifié 10 lépreux, et 1/10e perçoit que la guérison ne se limite pas à la peau mais touche au salut, à la vie pleine d’amour et de joie avec Jésus. La foi de l’étranger voit au-delà du simple retour à la normalité, il découvre Celui qui donne la vie, Dieu en Jésus. La foi qui le sauve ne se contente pas de réintégrer sa famille ; elle s’attache à Jésus, il trouve en lui la libération des barrières politiques et religieuses, il lui offre une nouvelle identité : aimé, pardonné et guéri, Jésus le relève (ressuscite) et l’envoie avec confiance. Il est Samaritain – et libre.

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